Moins de licences, moins de clubs et moins de disciplines, le sport à Mohammedia est en perte de vitesse. Sur le plan sportif, le bilan est catastrophique. La ville ne dispose plus d'aucun club chez l'élite, que ce soit en football, en volleyball, en basketball ou en handball. La voile, qui était une discipline phare, est également sur le déclin. Un constat alarmant pour une ville qui a toujours enfanté de grands champions. Quelles sont les causes de ce recul qui n'est pas prêt de s'arrêter de sitôt ? «Le Matin» a enquêté sur cette descente aux enfers.

«S’il y avait une réponse facile, tout le monde l'aurait donnée». Cette réponse de Taher Raad, ancien gardien de Chabab Mohammedia, résume à elle seule la complexité de la question. Quoi, comment ? La ville, qui a autrefois enfanté de grands champions et dominé plusieurs disciplines sportives au niveau national, a complètement disparu de l’échiquier sportif national. En football, les deux grands clubs de la ville, le Chabab et l’Itihad, sont rétrogradés en troisième division. L’équipe de volleyball, plusieurs fois championne du Maroc, a quitté la division d’excellence, la voile, autrefois discipline phare de la ville des fleurs, est en voie de disparition. Les autres disciplines comme le basketball ou le handball sont à l’agonie, et j’en passe. Pour expliquer ce recul, plusieurs acteurs sportifs de la ville des fleurs mettent en avant l’argument financier.

C’est vrai, mais cela n’explique pas tout. «Le manque de moyens financiers ne doit pas non plus exonérer les différents acteurs de la ville (conseil de la ville, conseil préfectoral, dirigeants, secteur privé) de leur responsabilité», nous confie Taher Raad. Pour lui, l’explication la plus pertinente demeure le manque d'infrastructures sportives. L’ancien gardien de but du Chabab déplore le fait que le développement démographique et urbain de la ville ne se soit pas accompagné du développement des infrastructures sportives. «Le développement urbain de la ville a provoqué la disparition des terrains de jeu, alors que c’est le contraire qui devait se produire», a-t-il indiqué.Un avis partagé par Khairal, délégué du ministère de la Jeunesse et des sports, qui rend responsable la politique urbaine de la ville et pointe également du doigt les différents plans d’aménagement urbain qui n’ont pas pris en compte la mise en place des installations sportives parallèlement au développement de la ville. «Le ministère de la Jeunesse et des sports a toujours demandé de prévoir les infrastructures sportives dans les différents plans d’aménagement, mais nos recommandations n’ont jamais été prises en compte par les différents décideurs. Aujourd’hui, la ville des fleurs est devenue une ville assiégée par le béton. C’est inadmissible que la ville dispose d’un seul et unique stade de football, qui est de surcroît dans un état de délabrement avancé (pas d’éclairage, pas de structure d’accueil, pelouse de mauvaise qualité, gradins en piteux état…)», nous a-t-il assuré. Et de poursuivre que le sport est un outil qui aide pour l’éducation et aussi pour sauver les jeunes des rues. Quand un jeune est bien encadré dans un club, il a plus de chance de réussir dans sa vie.

Derrière ce déclin, il y a aussi un problème de management, analyse pour sa part Adil Belhajjam, ancien président du Chabab Mohammedia. «Le sport à Mohammedia, et notamment le football, paye le lourd fardeau d’une gestion calamiteuse marquée par une instabilité au niveau des bureaux dirigeants. Cette politique a fait qu’il n’y a jamais eu de vision à moyen et long terme. Le club se gérait au jour le jour», a-t-il souligné. Belhajjam a pointé également du doigt la disparition des tournois inter-quartiers qui permettaient de détecter de jeunes talents.

Pour sa part, Mohamed Ouadaâdaâ, ancien champion de la voile, impute la situation actuelle au manque de formation. L’ancien champion cite l’exemple de sa discipline. «Auparavant, il y avait deux clubs de la voile à Mohammedia. Le Club nautique et le Yacht-club du Maroc. La formation des jeunes était assurée par le Club nautique, mais depuis sa disparition, il n’existe plus aucune structure pour l'assurer. La base nautique n’est pas appropriée pour la formation des jeunes. Elle est destinée à la compétition», nous a-t-il confié.

Même constat également pour la section volleyball. Abdellilah Manjour, ancien président du Chabab volleyball, qui déplore le manque de continuité au niveau de la formation, en raison de l’absence de moyens financiers. «J’avais souffert quand j’avais repris le club, une fois que la société Samir s’était retirée.

J’ai frappé à toutes les portes pendant trois ans (conseil de la ville, préfecture…), mais sans aucun résultat.

Pendant trois ans, je me suis débrouillé tout seul pour faire avancer l’équipe, mais en vain.

Au bout de la troisième année, j’ai reçu 3.000 DH de la part des autorités, alors que le club dispose de 300 licenciés, soit 10 DH par licences. J’ai réussi à faire monter le club de la troisième à la deuxième division. Mais j’ai fini par me retirer, faute de moyens, en confiant la présidence à M. Benouna qui était un cadre à la société Samir. Grâce à lui, qui a fait venir des fonds de Samir, l’équipe a continué de marcher pendant plusieurs années et a réussi à gagner trois titres de champion du Maroc. Malheureusement, ce temps est révolu.

Le club est actuellement en perdition», nous a-t-il précisé. Manjour a, en outre, souligné qu’à l’époque 50% des licenciés de volleyball au Maroc venait de Mohammedia. C’était il y a des années. Maintenant, la donne a beaucoup changé. Mohammedia, qui a été un pourvoyeur de talents, est désormais inexistante sur l’échiquier sportif national. Les grands dirigeants et les passionnés du sport ont préféré avec le temps tourner le dos au sport en raison de la venue des arrivistes qui ont fait du sport un moyen pour acquérir de la notoriété, voire plus, résume pour «le Matin» Mohamed Oudaâdaâ, avec un grand pincement au cœur.

Comment expliquez-vous le recul du sport à la ville de Mohammedia ?

Mohamed M’fadel : La commune urbaine a joué son rôle. Quand on est arrivé à la tête du conseil de la ville, on a découvert que les subventions accordées au monde sportif n’étaient pas importantes. On les a alors augmentées. Nous avons joué notre rôle. On a offert les moyens aux clubs, mais on ne peut pas s’immiscer dans leurs affaires.

Pourtant vous devez savoir où va votre argent ?

C’est vrai qu’on devait exiger un droit de regard pour s’assurer si les subventions qu’on octroyait aux clubs étaient utilisées à bon escient ou pas. Mais on a fait confiance aux clubs qui nous fournissent des comptes certifiés par un commissaire aux comptes. Nous sommes obligés d’aider et nous le faisons. On pourrait effectivement accorder notre aide en fonction des performances, mais on ne le fait pas.

Est-ce que vous êtes satisfait de la situation actuelle du sport dans la ville de Mohammedia ?

Bien sûre que je ne suis pas satisfait de cette situation. Les deux grands clubs de la ville, le Chabab et l’Itihad, sont relégués en championnat amateur. Mais je pense qu’en dehors du football, nous avons des disciplines qui marchent bien, comme le karaté, la boxe, le judo, l’athlétisme… Le grand problème que nous avons, c’est celui du football.

Huit ans après le lancement des travaux, le projet de la salle couverte de Mohammedia, située sur boulevard Zenata à l’extrémité du stade El Bachir, est toujours au stade des fondations. Il faudra peut-être huit autres années pour mener ce chantier à terme. Pourtant, la première enveloppe budgétaire du projet s’élève à 16 millions de DH. Une fortune qui n’a servi finalement à réaliser que les fondations. Comparativement avec les autres villes de même taille, Mohammedia est à la traîne au niveau des infrastructures sportives. Pourtant, la commune urbaine de Fedala est l’une des plus riches au Maroc.