Le Festival de distillation des fleurs de bigaradier de Taza a bouclé, dimanche dernier, sa deuxième édition sur fond de rituels soufis, de louanges du prophète, de psalmodies du Coran et de séances de musiques sacrées.

La ville millénaire de Taza a vibré, le weekend dernier, au rythme de la deuxième édition du Moussem de distillation des fleurs d’oranger bigaradier, une tradition ancestrale léguée depuis des siècles au fil des générations. Organisé par l’Association des arts du aama’a et amdah annabaouya de Taza sous le thème «Le patrimoine immatériel entre l’authenticité et les défis contemporains», le festival a eu pour cadre la place du Mechouar au centre de la médina à Taza-Haut.

Ce moussem printanier, soutenu par la province et les conseils élus de Taza, a été agrémenté par le rituel traditionnel de distillation de l’essence des fleurs de bigaradier «Larnaj», de chants religieux et soufis, de louanges du prophète, de psalmodies du Coran et de séances de musiques sacrées avec la participation des chantres de l’Association tazie des arts du Sama’a, de la troupe féminine «Al Hadra» de Chefchaouen et du groupe des «Hmadcha» de Fès. Selon la tradition, la distillation de l'eau de fleur d'oranger bigaradier et de l'eau de rose est un rituel séculaire célébré au printemps dans une ambiance de fête, de joie, de rythmes, de couleurs et de senteurs.

La ville de Taza est connue pour ses vergers de bigaradiers plantés dans des riads, des patios de résidences, le long des routes et des rues ou dans des vergers qui résistent aux vicissitudes du temps en dépit d’une urbanisation sauvage et rampante. Selon les organisateurs, ce festival rituel a pour principaux objectifs d’animer la vie culturelle et artistique de la ville historique de Taza, d’attirer l’attention des responsables sur l’encouragement des plantations des bigaradiers en raison de leur importance décorative, esthétique et environnementale, et pour la promotion et le développement du patrimoine culturel immatériel et, partant, de l’activité touristique de Taza, au passé prestigieux et ancestral.

Les fleurs d'oranger bigaradier sont cueillies avec délicatesse pour leur importance et leur valeur pour la distillation de leurs essences et nectars aux utilisations multiples. En effet, «Maa zhar» (eau de fleur d'oranger) ou «Maa ward» (eau de rose) sont utilisées pour adoucir le café, le thé, donner un arôme aux pâtisseries et aux confiseries, atténuer la chaleur et la fièvre ou pour l’adoucissement de la peau, le démaquillage et les soins de beauté. Ces eaux sont employées dans des aspersoirs «mrach» en argent ou en bronze ciselés pour asperger les convives lors des cérémonies de circoncision, de naissance ou de mariage, ainsi que lors des cérémonies religieuses.

La distillation ou «taqtar» de l’extrait de la fleur de bigaradier est pratiquée suivant un cérémonial minutieux dans des ustensiles en bronze dont l’alambic (qettar), un récipient en cuivre (tanjra) où l’on met les fleurs et le couscoussier (keskass), en tôle, rempli d’eau bouillie sur un feu doux d’un brasero ou d’un réchaud à gaz. La vapeur dégagée s'imprègne au passage du parfum des fleurs et le conduit dans un serpentin où un système de réfrigération permet sa condensation. L'essence des fleurs, ou «Maa zhar» est alors récupérée et mise dans des flacons ou des bouteilles en verre pour mieux préserver sa qualité et sa quintessence.