De par sa situation de port atlantique qui a vu défiler, à travers des siècles, différentes civilisations ayant côtoyé la terre et les côtes du Maroc depuis la nuit des temps, la ville d'Essaouira incarne parfaitement la civilisation marocaine composite et millénaire. Cette immense richesse est soigneusement conservée et présentée au grand public au sein du musée Sidi Mohammed Ben Abdellah à Essaouira.

Ce musée ethnographique disposant d'une section archéologique et baptisé du nom du fondateur de la ville d'Essaouira (milieu du 18e siècle), a ouvert ses portes pour la première fois le 20 octobre 1981, avec comme vocation principale de traduire la richesse paysagère et culturelle de la zone d'Essaouira par la présentation d'une collection liée à différents thèmes du patrimoine matériel et immatériel.

Une vocation qui se matérialise par un circuit muséal soigneusement aménagé et mettant à profit d'une manière optimale le bâtiment abritant le musée, une maison de marchands construite au 19e siècle dans le quartier de la Kasbah.

Force est de constater, que grâce à ses caractéristiques architecturales, cette demeure seigneuriale s'accommode parfaitement de sa nouvelle fonction, puisque ce type de maisons sont généralement très vastes et s'organisent autour d'une cour centrale, de forme carrée ou rectangulaire, donnant sur de grandes salles à usage commercial (entrepôts), avec un étage réservé au propriétaire et sa famille et composé de chambres ouvertes directement sur la galerie.

Ainsi, le rez-de-chaussée du musée jette quelques lumières sur les potentialités naturelles de la région, notamment les deux matières premières qui font la renommée de la ville sur le plan national, voire international, à savoir l'arganier et le thuya.

Le déambulatoire du rez-de-chaussée du musée permet également de retracer quelques pages de l'histoire de la ville depuis les époques préhistoriques, antiques (phénicienne, maurétanienne, romaine et romaine tardive) et médiévales jusqu'à la fondation de l'actuelle médina au milieu du 18e siècle, par le Sultan Sidi Mohammad Ben Abdellah.

Cette succession de différentes civilisations se traduit par le biais d'une collection d'objets archéologiques découverts dans les différents sites de la région, comme l'Ile de Mogador, Jbel Lahdid, Ida Ouazza ou Cap Sim et par des monnaies romaines et une dizaine de monnaies en argent frappées sous le règne du Sultan fondateur de la ville.

L'aspect architectural qui distingue la médina d'Essaouira des autres médinas marocaines est aussi présent dans le musée par une série de photos anciennes (en noir et blanc) qui invitent à flâner dans la médina et à visiter ses monuments les plus prestigieux.

L'étage du musée offre une occasion pour saisir de près la diversité culturelle qui caractérise la ville d'Essaouira, comme en fait preuve la coexistence, dès sa fondation, de diverses cultures (amazighs, arabes et africains) et confessions (musulmans, chrétiens et juifs). Cette diversité s'est traduite par une richesse et une osmose de pratiques culturelles et cultuelles et par l'émergence de métiers et d'arts traditionnels (bijouterie, boiserie, tapisserie). L'étage se divise ainsi en plusieurs pavillons présentant une collection d'objets ethnographiques selon plusieurs thèmes, à savoir les planchettes coraniques, les manuscrits, les objets de culte juif, les œuvres artistiques de la bijouterie traditionnelle, les instruments de musique, une collection d'armes, une panoplie de costumes, les œuvres artistiques de bois de thuya et du bois peint et quelques modèles de tapis de la région d'Essaouira.

Cette vocation du musée comme miroir de la civilisation marocaine a été consolidée après des travaux de rénovation, entrepris dernièrement dans le but d'améliorer le circuit muséal et de renforcer l'attractivité de cet établissement. Ces travaux touchent aussi bien la rénovation de la bâtisse historique abritant le musée, le réaménagement du circuit muséal de manière à répondre aux normes en vigueur en matière d'exposition, d'entretien et de mise en valeur des objets et l'enrichissement de la collection du musée.

Ainsi, le circuit muséal a été doté de caméras de surveillance, d'un éclairage adapté à la fragilité des objets exposés et d'un dispositif de sonorisation diffusant en boucle des morceaux du répertoire musical traditionnel, en plus d'une installation d'accueil attractive, conçue par l'artiste souiri Mohamed Mountassir. Selon la conservatrice du musée, Ghita Rabouli, ces travaux s'inscrivent dans le cadre de la mise à niveau de ce musée. Pour cela, «nous avons opté pour un concept à même d'améliorer l'accueil et de refléter une image à la hauteur de la stature de cet établissement», affirme-t-elle à la MAP.