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Actualités 28 Apr 2025 6 min de lecture

HĂ©ritage culinaire : Rabat en Ă©claireur pour un atlas du patrimoine alimentaire [INTÉGRAL]

HĂ©ritage culinaire : Rabat en Ă©claireur pour un atlas du patrimoine alimentaire [INTÉGRAL]
L’UNESCO vient de lancer un projet inĂ©dit pour cartographier et prĂ©server les pratiques alimentaires traditionnelles. Le Maroc, riche de sa diversitĂ© culinaire, fait partie des pays pilotes.
HĂ©ritage culinaire : Rabat en Ă©claireur pour un atlas du patrimoine alimentaire [INTÉGRAL]
À Rabat, la consultation nationale d’un projet inĂ©dit s’est ouverte ce 21 avril 2025. Il s’agit en l’occurrence de l’Atlas international du patrimoine alimentaire, une initiative mondiale de l’Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) qui vise Ă  inventorier les traditions culinaires en tant qu’élĂ©ments du patrimoine culturel immatĂ©riel. «Ce projet novateur, financĂ© par le ministĂšre de la Culture du Royaume d’Arabie Saoudite et rĂ©alisĂ© avec le ministĂšre marocain de la Culture, s’inscrit dans le cadre de la mise en Ɠuvre de la Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatĂ©riel, adoptĂ©e en 2003», souligne un communiquĂ© de l’UNESCO. Le projet repose sur une plateforme numĂ©rique multilingue et sur une sĂ©rie de consultations nationales destinĂ©es Ă  recenser les savoir-faire, pratiques et rituels liĂ©s Ă  l’alimentation. Le lancement au Maroc marque l’ouverture de la phase pilote du projet, avec des ateliers thĂ©matiques, des enquĂȘtes de terrain et des opĂ©rations de collecte dans les diffĂ©rentes rĂ©gions du pays.
 
Des traditions fragilisées


Selon l’UNESCO, prĂšs de 40% des Ă©lĂ©ments inscrits sur ses listes concernent des savoir-faire liĂ©s Ă  l’alimentation : des fĂȘtes saisonniĂšres, des rituels agricoles, des maniĂšres de cuisiner ou de partager les repas. Mais ces traditions sont aujourd’hui menacĂ©es. La disparition de certains produits locaux, l’abandon des pratiques agricoles ancestrales et l’évolution des modes de vie entraĂźnent une Ă©rosion rapide de ces connaissances. Le projet se veut une initiative Ă  mĂȘme de rĂ©pondre Ă  ces dĂ©fis en documentant les pratiques Ă  risque, en produisant des contenus visuels et sonores, et en crĂ©ant des outils pĂ©dagogiques pour les Ă©coles. Il s’agit aussi de mettre en avant la valeur sociale et environnementale des traditions alimentaires, comme vecteur de cohĂ©sion, d’inclusion et de durabilitĂ©. Dans les mois Ă  venir, plusieurs campagnes de terrain seront menĂ©es au Maroc, en lien avec les universitĂ©s, les collectivitĂ©s locales et les porteurs de traditions.
 
Le Maroc en tĂȘte de liste


Le Maroc figure parmi les premiers pays Ă  avoir engagĂ© une politique nationale d’inventaire du patrimoine immatĂ©riel. Depuis l’adoption de la Convention de 2003, le Royaume a inscrit quinze Ă©lĂ©ments sur les listes de l’UNESCO, dont cinq liĂ©s directement aux pratiques alimentaires. On y trouve le Festival des cerises de Sefrou, les savoir-faire liĂ©s Ă  l’arganier, mais aussi des inscriptions partagĂ©es, comme le couscous (inscrit avec l’AlgĂ©rie, la Tunisie et la Mauritanie) ou la diĂšte mĂ©diterranĂ©enne (avec sept autres pays). «En participant activement au projet Food Atlas de l’UNESCO, le Maroc met en valeur la richesse de ses traditions culinaires comme expression vivante de son patrimoine immatĂ©riel. Aux cĂŽtĂ©s des communautĂ©s locales, il Ɠuvre Ă  la prĂ©servation de savoir-faire transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, affirmant le lien profond entre alimentation, identitĂ© culturelle et dĂ©veloppement durable», a dĂ©clarĂ© Mustapha Jlok, Directeur du patrimoine culturel.

 
Ancrage territorial


Le projet ne vise pas seulement Ă  archiver. Il entend renforcer les capacitĂ©s des communautĂ©s locales Ă  documenter et transmettre leurs propres savoirs. Des ateliers seront organisĂ©s avec des associations culturelles, des coopĂ©ratives, des porteurs de traditions et des jeunes. L’approche est participative : chaque pays pilote dĂ©finira ses prioritĂ©s. Pour le Maroc, l’objectif est aussi de valoriser la diversitĂ© des terroirs et des contextes agroĂ©cologiques (zones montagneuses, oasis, littoraux) qui donnent naissance Ă  des pratiques spĂ©cifiques. «Ce que nous mangeons dit beaucoup de ce que nous sommes», a rappelĂ© Eric Falt, directeur rĂ©gional de l’UNESCO pour le Maghreb. A noter que la publication de la premiĂšre version de l’Atlas international du patrimoine alimentaire est prĂ©vue en 2027. Elle constituera une vitrine mondiale pour les traditions alimentaires, appelĂ©es Ă  jouer un rĂŽle dans les politiques de dĂ©veloppement culturel et touristique des pays participants.
 

3 questions Ă  Lahlou Abdelati, anthropologue : «MĂȘme si certaines bases sont partagĂ©es, les prĂ©parations, les styles et les dĂ©clinaisons restent propres Ă  chaque pays»
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  • À votre avis, pourquoi est-il important pour un pays comme le Maroc de documenter et de valoriser ses traditions alimentaires, au-delĂ  de leur simple valeur gastronomique ?
-Le projet d’Atlas international du patrimoine alimentaire est essentiel, car nous connaissons encore mal une grande partie de notre patrimoine alimentaire. De nombreuses cuisines de nos terroirs (plats, traditions, savoir-faire) restent peu documentĂ©es et Ă©tudiĂ©es. Prenons l’exemple de la harira : nous connaissons surtout ses variantes de FĂšs, MeknĂšs ou Marrakech, mais d’autres dĂ©clinaisons locales, comme la Ouarguia, existent et enrichissent cette rĂ©fĂ©rence culinaire. Il en va de mĂȘme pour le couscous ou le pain. D’oĂč l’importance d’approfondir nos connaissances en croisant nature et culture. Au-delĂ  de l’acte de consommation (de la table Ă  la bouche), il faut explorer et valoriser toutes les Ă©tapes, notamment les mĂ©thodes traditionnelles de transformation et de conservation des aliments (de la terre Ă  la table, puis de la table Ă  la bouche).
 
  • Comment expliquer que certains produits ou savoir-faire locaux, longtemps considĂ©rĂ©s comme ordinaires, deviennent aujourd’hui des symboles patrimoniaux ?
-Cela s’explique en grande partie par l’ouverture sur le monde et par une prise de conscience accrue autour de l’écologie et de l’alimentation saine. On redĂ©couvre que le patrimoine culinaire marocain Ă©tait "bio" avant l’heure et portait dĂ©jĂ  des pratiques avancĂ©es. À la lumiĂšre des enjeux actuels, la cuisine mĂ©diterranĂ©enne en gĂ©nĂ©ral, et marocaine en particulier, apparaĂźt trĂšs saine et Ă©quilibrĂ©e. S’ajoute la notoriĂ©tĂ© grandissante de notre cuisine, portĂ©e par la dynamique touristique. Notre patrimoine culinaire, immense, doit aujourd’hui trouver toute sa place dans l’offre touristique, au mĂȘme titre que notre patrimoine bĂąti ou immatĂ©riel.
 
  • Certains savoir-faire liĂ©s Ă  la nourriture sont partagĂ©s avec d’autres pays mĂ©diterranĂ©ens. Est-ce que cela affaiblit ou renforce leur dimension patrimoniale ?
-Le Maroc appartient Ă  un contexte gĂ©ographique et historique mĂ©diterranĂ©en oĂč de nombreux Ă©lĂ©ments sont communs. Cela n’enlĂšve rien Ă  la singularitĂ© de la cuisine marocaine. MĂȘme si certaines bases sont partagĂ©es, les prĂ©parations, les styles et les dĂ©clinaisons restent propres Ă  chaque pays. La cuisine marocaine, tout en appartenant Ă  une aire mĂ©diterranĂ©enne, se distingue par son identitĂ© forte.

​Patrimoine immatĂ©riel : Les pratiques alimentaires marocaines reconnues par l'UNESCO
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Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

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