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SituĂ©e au cƓur de la rĂ©gion de l'Oriental, la province de Guercif est un carrefour gĂ©ographique stratĂ©gique. Entre plaines fertiles et reliefs prĂ©servĂ©s, ce territoire offre une immersion...

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Actualités 26 Nov 2025 10 min de lecture

Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques

Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques
La vallĂ©e du Melloulou est, Ă  tout point de vue, un axe majeur de l’Oriental, oĂč s’est forgĂ©e une part essentielle de l’histoire du nationalisme marocain. RĂ©trospective.
Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques

L’oued Melloulou, qui traverse le massif des BĂ©ni Ouriaghel, le pays des AĂŻt Bouyahyi puis la plaine de Guercif avant de rejoindre la Moulouya, n’est pas seulement un Ă©lĂ©ment paysager : il est un axe fondateur de la mĂ©moire politique et militaire de l’Oriental marocain. Durant le Protectorat français, cette vallĂ©e longtemps considĂ©rĂ©e comme un “couloir rebelle” fut l’un des territoires les plus difficiles Ă  pacifier. Son relief contrastĂ©, ses gorges encaissĂ©es et son rĂ©seau de tribus solidaires ont fait de l’oued Melloulou un refuge stratĂ©gique pour les rĂ©sistances successives, de la lutte armĂ©e des annĂ©es 1911-1934 jusqu’à la rĂ©sistance patriotique organisĂ©e aprĂšs 1937.
 

DĂšs les premiĂšres campagnes militaires françaises dans l’Oriental, les tribus riveraines du Melloulou, notamment les AĂŻt Seghrouchen, les AĂŻt Bouyahyi et les Ighezrane, opposent une rĂ©sistance farouche. Les rĂ©cits militaires du gĂ©nĂ©ral Lyautey Ă©voquent ce cours d’eau comme une frontiĂšre mouvante, «un seuil vers l’insoumission». Les chroniques orales collectĂ©es Ă  Guercif parlent du Melloulou comme du lieu oĂč les premiers combattants rifains cĂŽtoyaient les tribus de la Moulouya intĂ©rieure pour s’échanger armes, vivres et informations. Dans de nombreux passages romanesques inspirĂ©s de cette Ă©poque, de Driss ChraĂŻbi Ă  Mohamed Ben Driss, la vallĂ©e apparaĂźt comme un espace liminaire : un lieu oĂč l’autoritĂ© française hĂ©site Ă  s’aventurer une fois la nuit tombĂ©e, tant les embuscades y Ă©taient frĂ©quentes.
 

AprĂšs l’écrasement des derniĂšres poches de rĂ©sistance armĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1930, le rĂŽle du Melloulou se transforme mais ne s’efface pas. Il devient l’un des vecteurs de circulation des idĂ©es nationalistes dans l’Oriental. Des instituteurs, des fqihs et des militants du ComitĂ© d’Action Marocain utilisent les marchĂ©s hebdomadaires de la vallĂ©e, notamment ceux de Taddart, Saka et Guercif, pour diffuser les tracts appelant Ă  la fin du Protectorat, suivant discrĂštement le lit du Melloulou pour Ă©viter les postes de contrĂŽle. Des tĂ©moignages consignĂ©s dans la presse nationaliste clandestine, telle al-Hurriya ou al-Alam aprĂšs 1944, mentionnent la rĂ©gion comme un des relais les plus discrets et les plus sĂ»rs entre Oujda, Taza et le Rif.
 

Les autoritĂ©s françaises le savaient : contrĂŽler la vallĂ©e signifiait contrĂŽler la zone charniĂšre entre le Maroc oriental et le Rif. Comme nous pouvons le lire dans les archives de notre confĂšre al-Alam, «elles y installĂšrent alors une sĂ©rie de garnisons, tel le poste de Sidi Bouhria ou celui de Tindit», souvent dĂ©crits dans les notes de l’Etat-major comme «des Ăźlots isolĂ©s dans une mer de dissidence». Plusieurs opĂ©rations de ratissage y furent menĂ©es, mais sans jamais briser complĂštement la solidaritĂ© tribale ancrĂ©e depuis les guerres contre l’avancĂ©e coloniale.
 

C’est cette continuitĂ© qui fait de l’oued Melloulou un symbole indissociable de l’histoire nationaliste du Maroc. Il reste, d’ailleurs, un lieu oĂč la rĂ©sistance armĂ©e des annĂ©es 1920-1930 se prolonge en rĂ©sistance politique. Lorsque les partisans de l’Istiqlal de l’Oriental organisent la mobilisation autour du Manifeste de 1944, ils bĂ©nĂ©ficient des rĂ©seaux dĂ©jĂ  structurĂ©s dans cette vallĂ©e. Et lorsque la rĂ©pression s’intensifie aprĂšs 1952, nombre de militants de l’Oriental, de Guercif, de Saka ou de Taddart, s’y rĂ©fugient, perpĂ©tuant la tradition du Melloulou comme espace de protection et de ralliement.
 

Ainsi, dans les rĂ©cits historiques comme dans la littĂ©rature ou la presse de l’époque, le Melloulou apparaĂźt toujours comme un fil conducteur, voire un espace gĂ©ographique devenu colonne vertĂ©brale d’une identitĂ© rĂ©sistante. Le patriotisme marocain dans l’Oriental ne peut se comprendre sans cette vallĂ©e qui, de la lutte anticoloniale Ă  la revendication politique, demeure un territoire de passage, de refuge et de transmission — un sanctuaire oĂč se forgea une part essentielle de la mĂ©moire nationale.

 


3 questions Ă  Noureddine Belhaddad : "Le lien entre l’Istiqlal et le FLN n’était pas frontalier mais idĂ©ologique"
Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques
  • Quelles Ă©taient les particularitĂ©s de la rĂ©sistance patriotique dans l’Oriental il y a un siĂšcle ?

 

-Il n’y a pas, Ă  proprement parler, une «spĂ©cificitĂ© orientale». Tous les mouvements nationalistes marocains, depuis leurs dĂ©buts, ont avancĂ© dans le mĂȘme esprit et avec la mĂȘme intensitĂ©. On entend parfois que la proximitĂ© gĂ©ographique avec l’AlgĂ©rie aurait créé un lien particulier avec le FLN, mais c’est inexact : l’Istiqlal et le FLN ont Ă©tĂ© unis par une cause commune. Leur rapprochement Ă©tait d’abord idĂ©ologique et fraternel. Les deux mouvements ont agi ensemble pour mettre fin au protectorat français des deux cĂŽtĂ©s de la frontiĂšre.

 

  • Les manifestations de 1953 ont profondĂ©ment marquĂ© les villes de l’Oriental. Que peut-on en retenir ?

 

-Ces marrĂ©es humaines ont certes noirci les grandes artĂšres de l’Oriental, mais leur impact allait bien au-delĂ  de la rĂ©gion. Ces soulĂšvements ont trouvĂ© un Ă©cho immĂ©diat dans toutes les villes marocaines. L’exil du Sultan avait créé une onde de choc nationale et l’Oriental n’a fait que reflĂ©ter la colĂšre, la solidaritĂ© et la dĂ©termination que l’on retrouvait partout dans le pays.

 

  • Les tribus du Sahara oriental affirment que la rĂ©sistance s’étendait jusqu’à des territoires aujourd’hui situĂ©s en AlgĂ©rie. Que nous disent les archives Ă  ce sujet ?

 

-L’histoire est claire. Au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, de nombreuses tribus marocaines vivaient dans les zones sahariennes de l’Est, oĂč l’autoritĂ© marocaine restait visible : prĂȘche du vendredi prononcĂ© au nom du Souverain, circulation de monnaies et cachets marocains, prĂ©sence d’administrations rappelant le pouvoir chĂ©rifien. Des documents militaires français et mĂȘme des tĂ©moignages de responsables de l’époque mentionnent la continuitĂ© marocaine de ces rĂ©gions.
 


Archives : Le patriotisme rifain, un cas d’école ?
Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques

Dans le Rif oriental et la rĂ©gion de Nador, le militantisme s’était profondĂ©ment enracinĂ© dans une longue tradition locale d’engagement, hĂ©ritĂ©e notamment de figures comme Mohamed Ameziane, nationaliste avant l’heure qui s’était opposĂ© aux incursions Ă©trangĂšres bien avant l’instauration du rĂ©gime du Protectorat français. Plus tard, des militants comme El Mountassir Nabbou ou Hassan Amrani jouĂšrent un rĂŽle dĂ©cisif en assurant la transition entre cet hĂ©ritage prĂ©colonial et l’action politique moderne. Ces acteurs orientaux utilisaient des rĂ©seaux reliant la rĂ©gion de Nador Ă  Oujda ou Ă  Al HoceĂŻma, diffusant des tracts, organisant des rĂ©unions clandestines et encadrant de jeunes sympathisants dans des cercles d’étude.
 

Leur engagement s'est accompagnĂ© d’une communication infaillible via la presse officielle de l’Istiqlal, notamment notre confrĂšre al‑Alam, organe officiel du parti. Dans des moments de tension, ce journal adoptait un ton dur.
 

Or, le nationalisme dans l’Oriental ne se limitait pas Ă  quelques individus influents. Dans les villes (Oujda, Berkane, Guercif ou Taourirt), l’Istiqlal avait bĂąti un tissu militant dense, combinant cadres urbains (instituteurs, notables, petits commerçants) et tribus rurales. Les militants des douars des montagnes et des plaines rurales se mobilisaient autour des idĂ©es d’indĂ©pendance, de justice sociale et d’unitĂ© nationale. Les marchĂ©s hebdomadaires, les souks et les Ă©coles devenaient des espaces de propagande, de formation et de rassemblement.


Des tĂ©moignages et des rĂ©cits oraux, ainsi que des articles dans la presse nationaliste, Ă©voquaient cette tĂ©nacitĂ© : des rĂ©unions nocturnes dans les vergers de Berkane, des messagers qui traversaient la vallĂ©e pour Ă©viter la surveillance, des militants risquant arrestation ou rĂ©pression pour maintenir vivant le message de l’Istiqlal. Ces Ă©chos ont dĂ©montrĂ© que le nationalisme oriental n’était pas seulement un combat urbain, mais une mobilisation profondĂ©ment enracinĂ©e dans la sociĂ©tĂ© rurale et tribale de l’Oriental.
 

Ainsi, en conjuguant la force symbolique des grandes figures du Rif oriental Ă  un militantisme populaire coriace dans les villes et les campagnes, l’Istiqlal dans l’Oriental avait rĂ©ussi Ă  forger une dynamique nationaliste puissante, capable de rĂ©sister aux pressions du pouvoir et d’influencer durablement le visage politique de la rĂ©gion.

 


Bio express : Mohamed Ameziane, l'amghar du Sultan
Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques

Mohamed Ameziane, souvent appelĂ© «El Mizzian» par les Espagnols, est une figure prĂ©coloniale majeure. NĂ© vers 1859 Ă  Zeghanghane, dans le Rif oriental, il appartenait Ă  la tribu des AĂŻt Bou Ifrour et venait d’une lignĂ©e chĂ©rifienne. Il fit ses Ă©tudes Ă  l’universitĂ© de Qarawiyine Ă  FĂšs, oĂč il se forma en thĂ©ologie et en droit islamique.

Ameziane devint cadi, juge religieux de sa tribu, mais il n’était pas seulement un homme de loi : il Ă©tait aussi un chef moral et politique respectĂ©, amghar (sage) et «cherif» aux yeux de nombreux habitants de la rĂ©gion.

Au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, alors que l’Espagne et des compagnies miniĂšres Ă©trangĂšres multipliaient leurs incursions dans la rĂ©gion pour exploiter les gisements de fer, Ameziane se dressa contre cette domination. Il fĂ©dĂ©ra plusieurs tribus pour s’opposer Ă  l’avancĂ©e Ă©trangĂšre et Ă  l’exploitation de leurs ressources.

En 1909, il prit position contre les concessions miniĂšres vendues aux Espagnols par des prĂ©tendants au pouvoir et appela au djihad pour dĂ©fendre les terres et l’autonomie locale. Il remporta une victoire importante Ă  la bataille du «ravin du loup», infligeant de lourdes pertes aux forces espagnoles.

Durant la campagne du Kert, il dĂ©clara officiellement la guerre aux troupes Ă©trangĂšres. Ses troupes rĂ©sistĂšrent Ă  de nombreuses offensives, mais en mai 1912, il trouva la mort au combat. Sa dĂ©pouille fut ramenĂ©e dans son village, oĂč il fut enterrĂ© avec honneur, et sa tombe devint un lieu symbolique pour la mĂ©moire locale.

Sur le plan idĂ©ologique, ce militant n’était pas un chef isolĂ©, car il reprĂ©sentait une forme de lĂ©gitimisme, fidĂšle au Sultan du Maroc, tout en s’opposant Ă  l’appropriation Ă©conomique et territoriale exercĂ©e par les puissances Ă©trangĂšres. Son engagement n’était pas un combat aveugle : il incarnait une rĂ©sistance structurĂ©e, politique et morale, fondĂ©e sur la dĂ©fense des terres et de l’autonomie des communautĂ©s.

Sa mĂ©moire reste trĂšs prĂ©sente dans la tradition locale : des poĂšmes lui rendent hommage et sa figure est devenue un symbole de dĂ©fense des valeurs, de dignitĂ© et de libertĂ©, bien avant les mouvements politiques du XXĂšme siĂšcle.

 

 


Fiche signalétique : Le Melloulou, colonne vertébrale géographique du Rif oriental
Rétro-Verso : Le Melloulou, territoire-clé des engagements patriotiques

L’oued Melloulou occupe une place essentielle dans l’organisation gĂ©ographique et socio-Ă©conomique de la rĂ©gion de Guercif. Son bassin versant, qui couvre environ 2600 kmÂČ, prend naissance dans les pentes du Moyen-Atlas avant de rejoindre l’oued Moulouya Ă  l’entrĂ©e de la plaine. Long d’une centaine de kilomĂštres, son cours traverse des paysages contrastĂ©s, avec des pentes marquĂ©es en amont, des lits encaissĂ©s et, plus en aval, des terrasses alluviales plus larges. Cette morphologie, attestĂ©e par les Ă©tudes hydrologiques et gĂ©ographiques de la rĂ©gion, explique la prĂ©sence de sols fertiles exploitĂ©s depuis longtemps pour l’agriculture.
 

Le Melloulou joue Ă©galement un rĂŽle hydrologique crucial. AlimentĂ© par les pluies du Rif oriental et par de petits affluents temporaires, il assure la recharge des puits et des canaux d’irrigation dans les douars et villages proches, tels que Taddart, Saka ou AĂŻn Leuh. Les crues, parfois violentes aprĂšs les pluies torrentielles d’automne et d’hiver, façonnent le paysage et obligent les habitants Ă  entretenir rĂ©guliĂšrement les digues et les berges. Ces travaux collectifs, traditionnels et saisonniers, constituent une forme de tutelle communautaire qui renforce les liens sociaux entre les localitĂ©s riveraines.
 

Aussi, est-il ponctuĂ© de micro-barrages et de retenues d’eau construites pour la pĂȘche, l’irrigation ou l’élevage, ce qui en fait un vĂ©ritable moteur de l’économie rurale. Plusieurs localitĂ©s se sont dĂ©veloppĂ©es Ă  proximitĂ© de ses rives, bĂ©nĂ©ficiant d’un accĂšs direct Ă  l’eau pour l’agriculture et les besoins domestiques.


Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

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