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Actualités 15 Jan 2026 10 min de lecture

RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne

RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne
​Il est des hommes dont la rĂ©putation dĂ©passe les frontiĂšres. Lumumba en fait partie. Retour sur le fabuleux destin d'un homme dont la fiertĂ© rĂ©sonne de si loin.
RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne
L’histoire de l’amitiĂ© entre Patrice Emery Lumumba et le Maroc s’inscrit dans l’un des moments les plus intenses du XXĂšme siĂšcle africain, celui des indĂ©pendances et des espoirs panafricains. Elle relie le destin d’un leader congolais visionnaire Ă  celui d’un Royaume qui, fraĂźchement libĂ©rĂ© du joug colonial, s’est affirmĂ© comme un acteur majeur de la solidaritĂ© africaine.

NĂ© le 2 juillet 1925 au Congo belge, cet homme politique devient la figure centrale de la lutte pour l’indĂ©pendance de son pays. Orateur charismatique et homme de conviction, il prĂŽne une rupture claire avec le systĂšme colonial et dĂ©fend l’idĂ©e d’une Afrique souveraine, unie et maĂźtresse de ses richesses. Le 30 juin 1960, lors de la proclamation de l’indĂ©pendance du Congo, son discours face au roi Baudouin de Belgique marque les esprits par sa fermetĂ© et sa dignitĂ©. Lumumba est alors nommĂ© Premier ministre du nouvel État.

Quelques semaines plus tard, en aoĂ»t 1960, le nouvel emblĂšme du Congo libre effectua une visite officielle au Maroc. Le Royaume, indĂ©pendant depuis 1956, Ă©tait alors dirigĂ© par feu Mohammed V, figure respectĂ©e du mouvement anticolonial africain. Cette rencontre eut une portĂ©e symbolique forte : deux nations rĂ©cemment libĂ©rĂ©es affirmĂšrent leur volontĂ© de coopĂ©ration et de solidaritĂ©. À cette occasion, le dĂ©funt Sultan dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne, la plus haute distinction marocaine, en prĂ©sence du Prince hĂ©ritier Moulay Hassan. Ce geste consacra l’estime du Maroc pour le combat du leader congolais et son engagement panafricain.

L’amitiĂ© entre Lumumba et le Maroc ne se limita pas Ă  des gestes protocolaires. Lorsque la crise congolaise Ă©clata Ă  l’étĂ© 1960, marquĂ©e par des sĂ©cessions, des ingĂ©rences Ă©trangĂšres et une instabilitĂ© profonde, le Maroc fit partie des premiers pays africains Ă  envoyer des troupes dans le cadre des missions de maintien de la paix des Nations Unies. Ce soutien traduisit une solidaritĂ© concrĂšte envers le Congo et, au-delĂ , envers la vision dĂ©fendue par Lumumba : celle d’une Afrique capable de se soutenir elle-mĂȘme.

Cette mĂ©moire se matĂ©rialise Ă©galement dans la capitale. À Rabat, une artĂšre importante porte le nom du leader de l’IndĂ©pendance du Congo. Le fait qu’une avenue de la ville rende hommage Ă  un leader africain Ă©tranger tĂ©moigne de la place singuliĂšre qu’il occupe dans l’histoire politique et symbolique du Maroc. Pour plusieurs gĂ©nĂ©rations de Marocains, ce nom rappelle un combat commun contre l’oppression et pour la dignitĂ© des peuples africains.

Le Maroc, sous Mohammed V puis sous Hassan II, jouera par ailleurs un rĂŽle central dans la promotion du panafricanisme, notamment avec la crĂ©ation du Groupe de Casablanca au dĂ©but des annĂ©es 1960. Bien que Lumumba n’ait pas vĂ©cu assez longtemps pour y participer pleinement, son idĂ©ologie et son sacrifice ont profondĂ©ment influencĂ© l’esprit de ce regroupement de dirigeants africains favorables Ă  une union politique du continent.

Aujourd’hui encore, l’amitiĂ© entre le Maroc et la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo s’inscrit dans cette continuitĂ© historique. Elle repose sur des liens diplomatiques, Ă©conomiques et culturels solides, nourris par une mĂ©moire partagĂ©e. La figure de Patrice Lumumba demeure un repĂšre moral, incarnant le courage, la luciditĂ© et l’exigence de souverainetĂ©.

Ainsi, l’amitiĂ© entre Rabat et Kinshasa n’est pas une relation circonstancielle, mais celle d’une fraternitĂ© forgĂ©e dans l’élan des indĂ©pendances africaines. Elle rappelle qu’au-delĂ  des frontiĂšres nationales, des hommes et des peuples ont su se reconnaĂźtre dans une mĂȘme aspiration Ă  la libertĂ©, laissant une empreinte durable dans l’Histoire du continent.

Patrice Emery Lumumba a Ă©tĂ© assassinĂ© le 17 janvier 1961 prĂšs d’Elisabethville au Katanga.
 

Historiographes : Lumumba et le panafricanisme, un hĂ©ritage d’unitĂ© et de solidaritĂ©
RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne
L’on peut lire dans les rĂ©cits historiques que Patrice Emery Lumumba a incarnĂ© une vision du panafricanisme profondĂ©ment humaine et collective. Pour lui, l’émancipation des peuples africains ne se mesurait pas seulement Ă  la fin de la domination coloniale, mais Ă  la capacitĂ© des nations du continent Ă  se reconnaĂźtre mutuellement et Ă  collaborer pour le bien commun.
Lumumba insistait sur l’importance des Ă©changes entre pays africains, de la circulation des idĂ©es et des expĂ©riences, et de la crĂ©ation de liens culturels et intellectuels solides. Il considĂ©rait que chaque nation, dans sa singularitĂ©, avait quelque chose Ă  apporter Ă  l’ensemble du continent et que le partage de ces expĂ©riences renforçait le sentiment d’appartenance africaine.
Sa conception du panafricanisme reposait sur la dignitĂ© et le respect des peuples. Il rejetait les divisions artificielles et soulignait la nĂ©cessitĂ© de forger une solidaritĂ© concrĂšte, fondĂ©e sur l’action collective et le soutien mutuel. Ce principe guidait ses prises de parole et ses interventions sur la scĂšne africaine, oĂč il prĂŽnait la coopĂ©ration comme moteur du progrĂšs.
L’homme politique voyait Ă©galement dans la culture et l’histoire partagĂ©es des outils essentiels pour renforcer cette unitĂ©. Il encourageait la valorisation des langues africaines, la transmission des traditions et la reconnaissance des hĂ©ros du continent, afin que chaque nation puise dans le passĂ© pour nourrir un avenir commun. Cette approche plaçait l’Afrique sur un pied d’égalitĂ© avec le reste du monde, non seulement en termes politiques, mais aussi culturels et symboliques.
Son engagement a inspirĂ© des gĂ©nĂ©rations de dirigeants et d’intellectuels africains Ă  penser des projets communs, Ă  organiser des forums d’échanges et Ă  promouvoir la solidaritĂ© rĂ©gionale. L’homme fort et fier de Kinshasa est ainsi devenu un symbole de l’idĂ©al panafricain : celui d’une Afrique capable de se mobiliser autour de valeurs partagĂ©es, de renforcer ses liens internes et de cultiver une identitĂ© collective.
L’hĂ©ritage de ce leader perdure dans la mĂ©moire africaine comme un appel Ă  la coopĂ©ration et Ă  la fraternitĂ© entre nations. Son panafricanisme n’était pas seulement une doctrine politique, mais un programme moral et culturel, un engagement Ă  construire un continent oĂč chaque peuple se sent partie intĂ©grante d’un destin commun, conscient de sa force dans l’unitĂ© et la solidaritĂ©.
 

Toponymie : Une rue qui témoigne de la fraternité africaine
RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne

La rue Patrice Lumumba, situĂ©e dans le quartier Hassan de Rabat, est bien plus qu’une simple artĂšre urbaine : elle incarne le souvenir d’un homme et d’un idĂ©al qui ont marquĂ© l’histoire africaine. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e en hommage Ă  cet homme politique en sa qualitĂ© de Premier ministre du Congo Ă  l’indĂ©pendance, figure emblĂ©matique du panafricanisme et symbole de la lutte pour la libertĂ© et la dignitĂ© des peuples africains.

SituĂ©e dans l’un des quartiers historiques de Rabat, prĂšs de la Kasbah des Oudayas et du centre administratif de la capitale, la rue Lumumba s’inscrit dans un tissu urbain chargĂ© d’histoire. Le quartier Hassan, anciennement zone rĂ©sidentielle et administrative, a Ă©tĂ© choisi pour honorer le leader congolais en raison de sa proximitĂ© avec des lieux symboliques de la mĂ©moire nationale et de l’ouverture sur l’Afrique.

La dĂ©cision de baptiser cette rue remonte aux annĂ©es 1970, pĂ©riode pendant laquelle le Maroc multipliait les gestes de solidaritĂ© envers les figures de l’indĂ©pendance africaine. Cette initiative reflĂ©tait Ă  la fois une admiration pour l'homme fort et une volontĂ© de rappeler aux citoyens marocains et aux visiteurs les liens fraternels qui unissent les peuples du continent. La rue est devenue, au fil des dĂ©cennies, un repĂšre pour les habitants du quartier et pour les institutions culturelles et Ă©ducatives situĂ©es Ă  proximitĂ©.

Au-delĂ  de son nom, la rue est aujourd’hui un espace de vie animĂ©, bordĂ© de commerces, de cafĂ©s et de rĂ©sidences. Elle tĂ©moigne d’une mĂ©moire vivante, oĂč l’histoire rencontre le quotidien. Des gĂ©nĂ©rations de Marocains y circulent sans toujours connaĂźtre en dĂ©tail le parcours du leader congolais, mais le nom de la rue perpĂ©tue sa mĂ©moire et ses idĂ©aux.

Ainsi, cette rue n’est pas seulement un hommage posthume : elle constitue un symbole durable de solidaritĂ© africaine, de mĂ©moire partagĂ©e et d’inspiration pour les jeunes gĂ©nĂ©rations, rappelant que les valeurs de libertĂ© et d’unitĂ© transcendent les frontiĂšres nationales et continuent de nourrir l’identitĂ© collective du continent.

 


Archives : La venue de Lumumba au Maroc, entre solennité et solidarité
RĂ©tro-Verso : Quand Feu Mohammed V dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne

La visite de Patrice Emery Lumumba au Maroc, en aoĂ»t 1960, s’inscrit dans le contexte immĂ©diat des indĂ©pendances africaines. Elle intervint quelques semaines aprĂšs la proclamation de l’indĂ©pendance du Congo et alors que les jeunes États du continent multipliaient les Ă©changes politiques et symboliques. Cette venue traduisit la volontĂ© de renforcer les liens entre nations africaines engagĂ©es dans la construction de leur souverainetĂ©.

À son arrivĂ©e au Royaume, Lumumba fut reçu par SM Mohammed V, figure respectĂ©e du mouvement anticolonial africain. Les entretiens qui se tinrent Ă  Rabat se dĂ©roulĂšrent dans un climat de respect et de fraternitĂ©. Ils portaient sur les perspectives de coopĂ©ration entre pays africains indĂ©pendants et sur la nĂ©cessitĂ© de consolider la solidaritĂ© continentale. À cette occasion, le Souverain marocain dĂ©cerna Ă  Lumumba le Grand Cordon de l’Ordre du TrĂŽne, distinction qui consacra l’importance politique et symbolique accordĂ©e au dirigeant congolais.

Cette visite officielle donna lieu Ă  plusieurs rencontres avec des responsables marocains et Ă  des Ă©changes sur les dĂ©fis communs auxquels faisaient face les États africains nouvellement indĂ©pendants. L'ancien responsable du gouvernement congolais y affirma l’importance du dialogue entre dirigeants du continent et souligna le rĂŽle que pouvaient jouer les capitales africaines dans l’émergence d’une diplomatie fondĂ©e sur l’entraide et la reconnaissance mutuelle.

La visite de l'ancien membre du gouvernement au Maroc demeure un Ă©pisode significatif de l’histoire panafricaine. Elle rappelle un moment oĂč les dirigeants du continent cherchaient Ă  poser les bases d’une coopĂ©ration durable. Elle conserve, aujourd’hui encore, une valeur mĂ©morielle forte, inscrite dans l’histoire partagĂ©e entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne.

 


Archives : Lumumba et le Maroc vus par Thomas Kanza

TĂ©moin privilĂ©giĂ© des annĂ©es fondatrices de l’indĂ©pendance congolaise, Thomas Kanza livra une lecture intellectuelle et personnelle de l’amitiĂ© entre Patrice Lumumba et le Maroc, qu’il inscrivit dans une vision panafricaine exigeante. Dans son livre "Ascension et chute de Patrice Lumumba : conflit au Congo", il Ă©crivit que «Lumumba savait reconnaĂźtre, au-delĂ  des frontiĂšres, les peuples africains animĂ©s par la mĂȘme volontĂ© de dignitĂ©. C'est dans ce contexte qu'il s'est liĂ© d'amitiĂ© avec le Royaume du Maroc», rappelant que certaines relations nouĂ©es dĂšs 1960 relevaient d’une fraternitĂ© politique sincĂšre, Ă©crivit-il dans cet ouvrage.

 

Évoquant la place occupĂ©e par le Maroc dans cette constellation africaine, Kanza nota Ă©galement dans les colonnes de ce mĂȘme livre que «les États qui avaient conquis leur libertĂ© les premiers portaient une responsabilitĂ© morale envers ceux qui luttaient encore pour la prĂ©server», phrase dans laquelle il incluait explicitement les pays d’Afrique du Nord ayant manifestĂ© leur solidaritĂ© avec le Congo indĂ©pendant.

 

Sur les ondes de Radio Congo, lors d’une intervention consacrĂ©e aux premiers mois de l’indĂ©pendance, Thomas Kanza dĂ©clara : «Lumumba percevait chaque geste de soutien africain comme un acte fondateur pour l’unitĂ© du continent», a-t-il dit sur les ondes de la radio nationale congolaise, soulignant que ces liens dĂ©passaient les calculs diplomatiques immĂ©diats.

 

À travers ses Ă©crits et ses prises de parole radiophoniques, l'Ă©crivain donna ainsi Ă  voir une amitiĂ© lumumbo-marocaine pensĂ©e comme un fragment d’un projet continental plus vaste. Une relation qu’il considĂ©rait comme l’expression d’un panafricanisme vĂ©cu, fondĂ© sur la reconnaissance mutuelle et la fidĂ©litĂ© aux idĂ©aux des indĂ©pendances africaines.


Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

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