En rejoignant le cercle limitĂ© des places disposant dâun marchĂ© Ă terme, la Bourse de Casablanca marque une avancĂ©e majeure. cette innovation marque une nouvelle Ă©tape dans la montĂ©e en puissance de la place financiĂšre. Analyse.
La crise financiĂšre mondiale de 2008 a marquĂ© une rupture durable dans lâhistoire rĂ©cente de la Bourse de Casablanca. Si le Maroc avait Ă©tĂ© relativement Ă©pargnĂ© par les chocs systĂ©miques bancaires observĂ©s dans les Ă©conomies avancĂ©es, la place casablancaise nâa pas Ă©chappĂ© aux effets indirects de la crise : retrait de la liquiditĂ© internationale, ralentissement de lâinvestissement privĂ©, prudence accrue des investisseurs institutionnels et affaiblissement prolongĂ© de la dynamique boursiĂšre.
AprĂšs avoir atteint des niveaux historiques avant 2008, portĂ©s par une phase dâeuphorie liĂ©e aux privatisations, aux grandes opĂ©rations financiĂšres et Ă lâessor des valeurs bancaires et immobiliĂšres, le marchĂ© entre dans une longue sĂ©quence de stagnation. « Entre 2009 et 2016, la Bourse de Casablanca Ă©voluait dans un couloir Ă©troit, marquĂ© par une faible liquiditĂ©, des volumes en recul et une raretĂ© des introductions en Bourse », nous confie Abdelmalek Benabdeljalil Vice-PrĂ©sident de Bmce capital.
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Aujourdâhui faut croire cette pĂ©riode disette est derriĂšre nous puisque, la place boursiĂšre de Casablanca semble avoir retrouvĂ© son dynamisme dâantan. Les rĂ©centes IPO de grands groupes de la place en tĂ©moigne la teneur. Pas que, rĂ©cemment, la Bourse de Casablanca a encore fait parler dâelle.
Elle est entrĂ©e dans le club trĂšs fermĂ© des places financiĂšres dotĂ©es dâun marchĂ© Ă terme sur le continent. Dans les dĂ©tails, ce dispositif a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© avec le soutien du ministĂšre des finances, de Bank Al-Maghrib et de l’AMMC. Cette nouvelle infrastructure marque le passage d’un marchĂ© axĂ© sur les transactions au comptant Ă un marchĂ© qui prend en charge les produits dĂ©rivĂ©s. Le premier instrument disponible est un contrat Ă terme liĂ© Ă l’indice MASI.20, qui suit les principales sociĂ©tĂ©s cotĂ©es en bourse. Les contrats fonctionneront avec des exigences de marge et des ajustements de rĂšglement quotidiens.
Une nouvelle Úre pour le marché
« Nous entrons dans une nouvelle Ăšre pour notre marchĂ© des capitaux », a dĂ©clarĂ© Nasser Seddiqi DG de la Bourse de Casablanca dans le grand Journal de 2M. Le MAT reprĂ©sente une avancĂ©e structurelle pour lâensemble de lâĂ©cosystĂšme financier marocain. En introduisant des contrats Ă terme, il permet aux investisseurs dâanticiper les Ă©volutions de marchĂ©, de se couvrir contre la volatilitĂ© et de diversifier leurs stratĂ©gies. Il contribue aussi Ă renforcer la liquiditĂ© et la transparence des Ă©changes, en sâappuyant sur un dispositif rĂ©glementĂ© et un Ă©cosystĂšme structurĂ© autour dâanimateurs de marchĂ© et de membres agréés. « Aujourdâhui, on offre Ă lâinvestisseur la possibilitĂ© de maintenir sa position et dâavoir une couverture », prĂ©cise le DG.
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ContactĂ© par Challenge, Younes El Bacha, Directeur Gestion actions diversifiĂ© et international Red med Capital nous confie : « Cette nouvelle disposition introduit une transformation profonde des stratĂ©gies dâinvestissement. JusquâĂ le marchĂ© Ă©tait dominĂ© par les approches directionnelles, centrĂ© sur les achats et la dĂ©tention de titre, la dĂ©sormais les investisseurs dispose dâoutils leur permettant de gĂ©rer leur exposition au marchĂ© ».
Et dâajouter : « Ces instrument leur permet de se couvrir contre les baisses et dâajuster rapidement le niveau de risque dâun portefeuille sans cĂ©der les actions sous-jacentes. Donc, au-delĂ de ces aspects techniques, le marchĂ© Ă terme apporte une nouvelle lecture du marchĂ© en intĂ©grant une dimension prospective. Ce nouvel instrument permet de passer d’un marchĂ© essentiellement passif Ă un marchĂ© plus dynamique en intĂ©grant des stratĂ©gies de couverture, dâarbitrage et de gestion tactique ».
Il faut dâailleurs rappeler que cette innovation constitue un levier stratĂ©gique pour renforcer lâattractivitĂ© du marchĂ©. La Bourse de Casablanca espĂšre non seulement amĂ©liorer sa liquiditĂ©, mais aussi attirer de nouveaux profils dâinvestisseurs, notamment internationaux. Lâintroduction de ces produits dĂ©rivĂ©s favorise Ă©galement lâĂ©mergence de stratĂ©gies dâinvestissement plus sophistiquĂ©es et contribue Ă approfondir le marchĂ©.
Pour rappel, ces instruments prĂ©sentent cependant certains risques. « De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lâintroduction des produits dĂ©rivĂ©s sâaccompagne de risques significatifs, notamment liĂ©s Ă lâeffet de levier. Si celui-ci permet dâamplifier les gains, il peut Ă©galement accentuer fortement les pertes, exposant les investisseurs les moins expĂ©rimentĂ©s Ă des niveaux de risque Ă©levĂ©s, en particulier en cas dâappel de marge. Par ailleurs, ces instruments reposent sur des mĂ©canismes plus complexes que les actions traditionnelles. Leur utilisation nĂ©cessite une bonne maĂźtrise des notions de couverture, de valorisation », alerte EL Bacha.
LâannĂ©e 2025, point de dĂ©part de la relance.
« Plus quâun simple rebond conjoncturel, la performance actuelle de la Bourse de Casablanca sâinscrit dans une logique de rattrapage et de maturation aprĂšs prĂšs de quinze annĂ©es de sous-performance relative. Le retour des introductions en Bourse, lâĂ©largissement de la base dâinvestisseurs et le franchissement du seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation traduisent une rĂ©appropriation progressive du marchĂ© des capitaux comme outil stratĂ©gique de financement et de crĂ©ation de valeur », prĂ©cise une source.
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Pour beaucoup, lâexercice 2025 restera comme lâun des plus remarquables de lâhistoire de la Bourse de Casablanca. Avec une progression annuelle de 25 % du MASI, une capitalisation boursiĂšre franchissant pour la premiĂšre fois le seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams, et un regain inĂ©dit des introductions en Bourse, la place casablancaise sâimpose comme lâun des marchĂ©s les plus dynamiques de la rĂ©gion. Dans un contexte marquĂ© par la dĂ©sinflation, la stabilitĂ© monĂ©taire et la relance de lâinvestissement, le marchĂ© actions a offert aux investisseurs un environnement favorable Ă la valorisation et Ă la diversification.
La lecture sectorielle met en Ă©vidence une progression large et diffuse. Seuls quatre secteurs terminent lâannĂ©e en territoire nĂ©gatif â boissons, chimie, sociĂ©tĂ©s de placement immobilier et transport â tandis que lâensemble des autres indices sectoriels enregistrent des hausses Ă deux chiffres. Une dynamique qui traduit une confiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans les fondamentaux des entreprises cotĂ©es et dans la trajectoire macroĂ©conomique du pays.
Sur le plan des valeurs, lâannĂ©e a Ă©tĂ© marquĂ©e par un contraste net entre envolĂ©es spectaculaires sur faibles volumes et performances solides adossĂ©es Ă une rĂ©elle profondeur de marchĂ©. Certaines petites capitalisations affichent des progressions impressionnantes, Ă lâimage de Stokvis Nord Afrique (+500 %), Stroc Industries (+490 %) ou Fenie Brossette (+270 %), mais sur des Ă©changes limitĂ©s.
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Ă lâinverse, plusieurs titres ont conjuguĂ© hausse significative et volumes soutenus. Sonasid termine lâannĂ©e en hausse de 124 %, avec 1,68 milliard de dirhams Ă©changĂ©s. RĂ©sidences Dar Saada dĂ©passe Ă©galement les +100 %, portĂ©e par 3,6 milliards de dirhams de transactions. TGCC, aprĂšs une augmentation de capital de 2,5 milliards de dirhams, sâimpose comme lâune des valeurs phares de lâannĂ©e, avec une progression de 91 % et un volume record de 11,14 milliards de dirhams.
La liquiditĂ© constitue dâailleurs lâun des faits saillants de lâexercice. Le volume annuel des Ă©changes sur le marchĂ© central atteint 117 milliards de dirhams, contre 60 milliards en 2024, soit une hausse de 96 %. « Cette dynamique est fruit des grands Ă©vĂšnements notamment la Coupe du monde, et sans oublier le nouveau modĂšle de dĂ©veloppement qui en toile de fond soutien toute cette croissance », explique lâexpert de BMCE CAPITAL MARKET.
