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Actualités 05 Dec 2024 5 min de lecture

Opérer un patient à Casablanca depuis Shanghai : Dr Youness Ahallal raconte

Opérer un patient à Casablanca depuis Shanghai : Dr Youness Ahallal raconte
Le Matin : Vous venez de rĂ©aliser, avec succĂšs, une opĂ©ration exceptionnelle. OpĂ©rer un patient Ă  Casablanca... depuis Shanghai. Quel est votre sentiment aprĂšs cet exploit ? Dr Youness Ahallal : Moi et toute l’équipe sommes extrĂȘmement fiers et Ă©mus. Cette rĂ©ussite est le fruit de beaucoup d'efforts menĂ©s par une Ă©quipe 100% marocaine composĂ©e de mĂ©decins, d’infirmiers et d’ingĂ©nieurs biomĂ©dicaux... Ce qui rend cette opĂ©ration encore plus exceptionnelle, c’est qu’il s’agit de la premiĂšre chirurgie intercontinentale de ce type. Le Maroc, autrefois en retard dans ce domaine, se positionne aujourd’hui comme un exemple.

Pourquoi avoir choisi la Chine, Ă  l’autre bout du monde, pour rĂ©aliser cette opĂ©ration ?

Avec une distance qui dĂ©passe les 12.000 kilomĂštres entre Casablanca et Shanghai, l’idĂ©e Ă©tait de repousser les limites de ce qui est possible en matiĂšre de tĂ©lĂ©chirurgie et de la tester dans des conditions extrĂȘmes. Nous avons utilisĂ© le robot chirurgical Toumai, couplĂ© Ă  une plateforme de communication avancĂ©e. Celle-ci permet une transmission en temps rĂ©el des commandes du chirurgien avec une prĂ©cision millimĂ©trique et des images 3D en haute dĂ©finition.



Techniquement, y avait-il des risques ? Comment les avez-vous gérés ?

Bien sĂ»r, comme dans toute intervention mĂ©dicale, il y avait des risques. Mais ils ont Ă©tĂ© minutieusement anticipĂ©s. Il fallait d’abord assurer un rĂ©seau de trĂšs haut dĂ©bit, sĂ©curiser les donnĂ©es du patient et puis nous avons rĂ©alisĂ© des simulations rigoureuses et des formations intensives pour chaque membre de l’équipe pendant les quatre mois prĂ©cĂ©dant l’opĂ©ration. De plus, un spĂ©cialiste Ă©tait prĂ©sent sur place, prĂȘt Ă  intervenir en cas d’imprĂ©vu.

En quoi la tĂ©lĂ©chirurgie peut-elle ĂȘtre utile pour le systĂšme de santĂ© au Maroc ?

La tĂ©lĂ©chirurgie est de nature Ă  rĂ©volutionner l’accĂšs aux soins au Maroc, vu qu’elle Ă©limine les dĂ©placements e qu’elle abolit les distances. Les patients peuvent bĂ©nĂ©ficier d’interventions de pointe sans quitter leur rĂ©gion, tandis que les experts opĂšrent Ă  distance. En plus, elle ne nĂ©cessite pas d’installer des blocs opĂ©ratoires coĂ»teux dans chaque hĂŽpital, elle dĂ©mocratise ainsi des soins spĂ©cialisĂ©s, tout en ouvrant la voie au transfert de compĂ©tences grĂące au mentorat Ă  distance, ce qui offre aux chirurgiens marocains une formation innovante et accessible.

Mais ce type de chirurgie ne va-t-il pas coûter plus cher qu'une chirurgie normale pour les malades ?

Il est vrai que la tĂ©lĂ©chirurgie peut sembler plus onĂ©reuse que la chirurgie traditionnelle, principalement en raison du coĂ»t Ă©levĂ© des Ă©quipements sophistiquĂ©s et de l’investissement initial nĂ©cessaire. Mais sur le long terme, les bĂ©nĂ©fices qu’elle apporte, tant pour les patients que pour le systĂšme de santĂ© dans son ensemble, sont beaucoup plus importants. En effet, la chirurgie robotique rĂ©duit considĂ©rablement la douleur post-opĂ©ratoire et les pertes de sang, ce qui permet aux patients de quitter l’hĂŽpital le jour mĂȘme ou dĂšs le lendemain et de reprendre rapidement leurs activitĂ©s quotidiennes et professionnelles. En plus, les risques de complications post-opĂ©ratoires sont rĂ©duits, ce qui signifie moins de soins complĂ©mentaires, moins de rĂ©-hospitalisations et donc une rĂ©duction des coĂ»ts de santĂ© sur le long terme. Une Ă©tude canadienne, par exemple, a comparĂ© la chirurgie robotique et la chirurgie traditionnelle pour des interventions telles que l’ablation de la vessie dans le cadre d’un cancer. Les rĂ©sultats montrent qu’au bout de trois mois seulement, la chirurgie robotique s’avĂšre plus rentable. Cela s’explique par le retour rapide des patients Ă  leur travail, la diminution des complications et une moindre consommation de soins. Ainsi, bien que l’investissement initial soit Ă©levĂ©, les Ă©conomies gĂ©nĂ©rĂ©es Ă  moyen et long terme justifient pleinement l’adoption de cette technologie.

Pensez-vous que le systĂšme de santĂ© marocain est prĂȘt pour cette transformation, notamment dans les rĂ©gions Ă©loignĂ©es ? Attendre que tout soit prĂȘt n’a jamais Ă©tĂ© la recette d’une rĂ©volution. Les grandes avancĂ©es se font en osant, en prenant des initiatives audacieuses. Il faut adopter ces technologies de pointe, les imposer, les intĂ©grer dĂšs maintenant et construire autour d’elles. Aujourd’hui, nous disposons des compĂ©tences nĂ©cessaires pour mettre en place des systĂšmes de tĂ©lĂ©communication de pointe, capables de soutenir la tĂ©lĂ©chirurgie. De plus, nous avons des investisseurs motivĂ©s, prĂȘts Ă  dĂ©mocratiser l’accĂšs Ă  cette chirurgie avancĂ©e dans les diffĂ©rentes villes du pays. En plus, cette technologie assurera une meilleure formation pour les chirurgiens marocains, ce qui peut positionner le Maroc comme un acteur de rĂ©fĂ©rence dans l’utilisation de ces techniques innovantes. Avec des succĂšs comme celui-ci, pensez-vous que les jeunes mĂ©decins marocains, qui quittent massivement le pays, seront davantage enclins Ă  rester travailler au Maroc plutĂŽt que de s’expatrier en Europe, par exemple ?

Absolument ! Avec l'introduction de technologies de pointe comme la tĂ©lĂ©chirurgie, les mĂ©decins marocains n'auront plus besoin de s'expatrier pour pratiquer une mĂ©decine d'excellence. Comme je l’ai mentionnĂ©, le Maroc se positionne aujourd’hui parmi les leaders en matiĂšre d’innovation dans le domaine de la santĂ©. Personnellement, je travaille dĂ©sormais au Maroc aprĂšs une longue carriĂšre en France, ce qui n'Ă©tait pas envisageable auparavant, car le pays ne disposait pas de ces avancĂ©es technologiques. GrĂące Ă  ces Ă©volutions, les jeunes mĂ©decins peuvent dĂ©sormais envisager une carriĂšre enrichissante et Ă  la pointe de l’innovation sans quitter leur pays.

Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

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