LâInstitut français de Marrakech a le mĂ©rite dâavoir Ă©tĂ© la premiĂšre institution Ă inviter, le 14 mai 2013, Fouad Laroui et Ă permettre Ă ses adhĂ©rents de le rencontrer aprĂšs lâobtention du Prix Goncourt de la nouvelle.
Avec son sourire habituel et le sens de lâhumour dont il ne se dĂ©partit jamais, Fouad Laroui a rencontrĂ© ses lecteurs Ă lâInstitut français de Marrakech. Il a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© par le directeur Pierre Raynaud qui a essayĂ©, tout au long de la rencontre, de le mettre Ă lâaise et de lui favoriser le climat nĂ©cessaire pour quâil sâexprime sans entrave. Effectivement, Laroui nâa pas tardĂ© Ă retracer son parcours professionnel Ă la marge duquel, se dĂ©veloppait une carriĂšre littĂ©raire on ne peut plus intĂ©ressante. Sa formation dâingĂ©nieur et par la suite son travail Ă lâuniversitĂ© comme professeur dâĂ©conomie ne lâont pas empĂȘchĂ© de consacrer ses week-ends Ă son premier amour, Ă passer tous ses moments de repos Ă lire et Ă Ă©crire pour assurer sa prĂ©sence sur la scĂšne littĂ©raire marocaine et internationale. Ses efforts ont Ă©tĂ© couronnĂ©s le mois dernier par le Prix Goncourt de la nouvelle, une des grandes consĂ©crations littĂ©raires en France. LâĂ©crivain a dĂ©clarĂ© quâil ne sâattendait pas Ă ce prix, son engagement avec Julliard, la maison dâĂ©dition quâil a qualifiĂ©e de «petite», mĂȘme si elle publie de gros calibres comme Yasmina Khadra, nâĂ©tait pas prometteuse. Dâailleurs, un journaliste dâune chaĂźne de tĂ©lĂ©vision française lui avait suggĂ©rĂ© de quitter cette maison dâĂ©dition sâil tenait Ă devenir plus cĂ©lĂšbre. Pourtant, son sens de lâengagement et le comportement respectueux quâon observe Ă son Ă©gard dans cette maison lâont empĂȘchĂ© de chercher ailleurs. Ce prix prouve une fois de plus que la bonne littĂ©rature, dans un pays dĂ©mocratique, nâa pas toujours besoin dâĂȘtre poussĂ©e pour quâelle soit lancĂ©e, elle sâimpose dâelle mĂȘme sâil nây a personne derriĂšre.
A la question : «Comment avez-vous reçu la nouvelle du prix et quâest-ce que cela change en vous?» Laroui a rĂ©pondu que le fait dâĂȘtre choisi par «les pĂšres de la littĂ©rature» faisait Ă©normĂ©ment plaisir et que cela imposait un autre rythme de travail et un regard diffĂ©rent. LâĂ©crivain a citĂ© un nombre de romanciers qui, aprĂšs avoir eu le Goncourt ou dâautres prix, se trouvaient sans inspiration, incapables de produire, leurs plumes refusant dâavancer sur le papier et leur imagination tombant dans une stĂ©rilitĂ© incurable. Ce problĂšme ne se pose pas pour lui, il sait trĂšs bien que ceux qui savent quâil est primĂ©, surtout au Maroc oĂč les lecteurs se comptent sur les bouts des doigts, ne sont pas nombreux, et donc, il ne faut pas se faire des illusions; il nâest pas une cĂ©lĂ©britĂ© dans un autre domaine comme le football ou la chanson pour que cela lâempĂȘche de vivre normalement et de continuer le chemin quâil a empruntĂ© depuis son jeune Ăąge, et quâil a poursuivi aux classes prĂ©paratoires et Ă lâĂ©cole des ingĂ©nieurs oĂč tous ses condisciples sâadonnent corps et Ăąme aux mathĂ©matiques alors que lui, il se cache pour lire ou Ă©crire ses premiers balbutiements. «Quand je passe par la place de JamaĂą El Fna et me rends compte que presque personne dans la foule ne me connaĂźt, je me dis quâavant tout, jâĂ©cris pour moi-mĂȘme, pour exprimer un besoin impĂ©rieux et il nây a aucune raison dâarrĂȘter cet exercice».
Sofitel entre tristesse
et paradis
Fouad Laroui raconte lâhistoire de la nouvelle «LâĂ©trange affaire du pantalon de Dassoukine ». La chaĂźne hĂŽteliĂšre Sofitel invite certains Ă©crivains Ă passer une semaine dans lâun de ses Ă©tablissements Ă travers le monde et en contrepartie, le crĂ©ateur sâengage Ă Ă©crire une nouvelle dans laquelle il doit vanter les mĂ©rites de lâhĂŽtel. Laroui accepte le contrat et passe une semaine Ă Bruxelles Ă profiter pleinement des vacances offertes. En retournant chez lui, il Ă©crit lâhistoire dâun ministre marocain qui, la veille de la nĂ©gociation dâune affaire sĂ©rieuse qui concerne son pays, son pantalon a Ă©tĂ© volĂ© dans un Sofitel. Fier dâavoir Ă©crit un texte consistant et plein dâhumour, Fouad Laroui prĂ©sente son rĂ©cit au responsable hĂŽtelier qui lâinforme, aprĂšs la lecture, quâil est vraiment déçu et que ce nâest pas le genre de texte quâon attend dâun Ă©crivain si talentueux. A lâhĂŽtel Sofitel, on ne vole pas Monsieur! Pour honorer son engagement, Laroui Ă©crit une deuxiĂšme nouvelle avec une tonalitĂ© sĂ©rieuse et grave. Le responsable se trouve Ă nouveau contraint de refuser le texte car elle dĂ©note une profonde tristesse. A lâhĂŽtel Sofitel, on nâest jamais triste monsieur, on oublie toutes ses inquiĂ©tudes. Enfin, lâĂ©crivain comprend le genre de rĂ©cit quâon lui demande. Une nouvelle oĂč Sofitel apparait comme le paradis sur terre, un hĂŽtel qui sauve le monde⊠Ainsi lâĂ©crivain se trouve aprĂšs ce sĂ©jour avec trois nouvelles dont lâune remportera par la suite le fameux Goncourt. Quant au nom de Dassoukine, lâĂ©crivain voulait rendre hommage Ă lâune des figures de lâhumour au Maroc, une figure qui nâa pas profitĂ© pleinement de son talent ou qui nâa pas Ă©tĂ© estimĂ©e Ă sa juste valeur.
Actualités 25 May 2013 5 min de lecture
Fouad Laroui Ă lâIF de Marrakech

