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Actualités 15 Nov 2012 5 min de lecture

Quotas de thon rouge : Les ONG haussent le ton Ă  la rĂ©union d’Agadir

Quotas de thon rouge : Les ONG haussent le ton Ă  la rĂ©union d’Agadir

Les travaux de la 18Ăšme rĂ©union extraordinaire de l’ICCAT (commission internationale pour la conservation des thonidĂ©s de l’Atlantique) se sont poursuivis, hier Ă  huis clos Ă  Agadir, avec une premiĂšre entrĂ©e dans le vif du sujet: le futur des quotas de thon rouge au titre des deux prochaines annĂ©es 2013/2015.

«Le risque pour les Etats membres de l’ICCAT est de se dire puisque ça marche bien maintenant, on peut commencer Ă  augmenter les quotas», a mis en garde d’emblĂ©e le Dr Sergi Tudela, responsable du Programme pĂȘche au WWF MĂ©diterranĂ©e, dans une interview accordĂ©e Ă  la MAP, en marge de la rĂ©union de l’ICCAT (12 au 19 novembre).

L’ICCAT, organe officiel international de gestion des pĂȘches regroupant 48 Etats membres, tient sa 18Ăšme rĂ©union extraordinaire, du 12 au 19 courant Ă  Agadir en prĂ©sence de plus de 500 participants, qui devront dĂ©cider de l’avenir des quotas de thon rouge, actuellement fixĂ©s Ă  12.900 tonnes par an.

Le comitĂ© scientifique de l’ICCAT, rĂ©uni dĂ©but octobre Ă  Madrid, avait indiquĂ© que les stocks Ă©taient en voie de reconstitution, Ă©mettant toutefois de larges rĂ©serves quant Ă  l’ampleur de cette hausse.

Ce constat, quoique nuancĂ©, contraste bel et bien avec celui de 1998, quand le mĂȘme conseil lançait un cri d’alarme, affirmant que la surpĂȘche menaçait la survie de ce gros poisson prĂ©dateur dont les populations de l’Atlantique du nord-est se reproduisent au printemps en MĂ©diterranĂ©e.

En 2010, l’Union europĂ©enne est allĂ©e jusqu’à demander, sans succĂšs, l’inscription de cette espĂšce sur la liste rouge de la Convention internationale sur le commerce des espĂšces menacĂ©es (Cites), un prĂ©lude Ă  l’interdiction de sa commercialisation.

Depuis, la donne a changĂ© de maniĂšre drastique. De plus de 50 mille tonnes par an dans les annĂ©es 90, l’entrĂ©e en vigueur du systĂšme des quotas a ramenĂ© les prises Ă  28,5 mille tonnes, en 2008, puis Ă  22 mille tonnes en 2009, ensuite Ă  13,5 mille tonnes l’annĂ©e d’aprĂšs, avant de descendre Ă  12,9 mille tonnes entre 2011 et 2012.

Sur ce plan prĂ©cisĂ©ment, la rĂ©action du responsable du WWF a Ă©tĂ© sans ambages : «Les scientifiques sont trĂšs clairs : les donnĂ©es de base de l’évaluation sont trĂšs mauvaises et il y a beaucoup d’incertitudes», a-t-il martelĂ©, prĂ©cisant que l’idĂ©e de son organisation est de «faire une nouvelle Ă©valuation des stocks dans trois ans avec une formation amĂ©liorĂ©e, mais aussi une nouvelle mĂ©thodologie qui permettrait aux scientifiques aussi d’ĂȘtre plus sĂ»rs des donnĂ©es sur le terrain».

Devant une espĂšce fortement surexploitĂ©e depuis des dĂ©cennies et victime de surpĂȘche et de pĂȘche illĂ©gale, en particulier dans les principales zones de frais du thon rouge en MĂ©diterranĂ©e, l’ICCAT ne pouvait rester de marbre, surtout avec la prĂ©sence d’un nombre trop important de bateaux en mer et d’un manque de contrĂŽle des captures.

Sur la pĂȘche illicite, non-rĂ©glementĂ©e et non-dĂ©clarĂ©e (INN) prĂ©cisĂ©ment, M. Tudela a assurĂ© que «c’est vrai que toutes les captures ont baissĂ© y compris la pĂȘche illicite, mais on est aussi soucieux de ça. Parce que ça ne sert Ă  rien d’avoir des quotas et d’autres mesures qui sont dans la fourche scientifique si, Ă  cĂŽtĂ©, on a des pĂȘches illicites».

Dans un rĂ©cent document rendu public, le WWF rĂ©vĂšle, citant une Ă©tude dont il est le commanditaire, qu’entre 2000 et 2010 «l’équivalent de 18.704 tonnes de thon rouge auraient transitĂ© via le Panama sans avoir Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© Ă  l’ICCAT».

Sur la mĂȘme lancĂ©e, le PEW Environment Group, une autre organisation Ă©cologique internationale, tire Ă  boulets rouges contre la persistance de la pĂȘche illicite dans les pĂȘcheries du thon rouge, comme en tĂ©moigne une Ă©tude de 2012, qui estime que «le total des quotas admissibles Ă©tait dĂ©passĂ© de 62 % entre 2005 et 2011 et de 77 % entre 2008 et 2011».

Dans un presse-release, la mĂȘme ONG recommande «de tenir compte des recommandations scientifiques et de ne pas augmenter les quotas tant que le problĂšme de la pĂȘche illicite n’est pas traitĂ© et que les meilleures recherches disponibles ne sont pas intĂ©grĂ©es Ă  l’évaluation du stock».

Elle prĂ©conise aussi d’adopter «rapidement une version Ă©lectronique du systĂšme actuellement sur papier de documentation des captures» afin de rĂ©duire le commerce illĂ©gal, de «crĂ©er un groupe formel d’experts qui utilisera les donnĂ©es du commerce et de la documentation des captures de thon rouge» et d’enquĂȘter sur les sources de pĂȘche illicite.

Dans une allocution lue en son nom Ă  l’ouverture, lundi, des travaux de l’ICCAT, le ministre de l’Agriculture et de la PĂȘche maritime, Aziz Akhennouch, avait appelĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir sur «de nouveaux instruments de rĂ©gulation et de gestion responsable» des ressources thoniĂšres, en se basant sur un avis scientifique fondĂ©, un engagement collectif Ă  collecter et Ă  transmettre des informations et des donnĂ©es de qualitĂ© et l’optimisation de la traçabilitĂ© des captures en aval et en amont.

Il a assurĂ© que ces mĂ©canismes doivent aussi prĂ©voir la mise en place de mesures de gestion intĂ©grant les approches permettant de mieux apprĂ©hender les questions environnementales, des mesures de contrĂŽle et de suivi intĂ©grĂ©, le renforcement de la coopĂ©ration rĂ©gionale et l’accompagnement des parties contractantes en dĂ©veloppement.

Au Maroc, la pĂȘche des espĂšces de thonidĂ©s et des espĂšces apparentĂ©es a atteint une production de 8.584 tonnes au cours de l’annĂ©e 2011, contre 10.722 tonnes en 2010, soit une baisse d’environ 20% en termes de volume.

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