Au cours d'un atelier sur le thème : «Production, exploitation et distribution cinématographique», organisé dans le cadre du Festival national du film de Tanger, les différents acteurs du cinéma national ont relevé un déséquilibre entre les attentes du public et les films présentés.

«Les films marocains n’attirent plus le public comme avant». C’est le constat qui a été fait lors d’un atelier sur la «Production, exploitation et distribution cinématographique» organisé à l’occasion de la 17e édition du Festival national du film de Tanger. Selon Hassan Belkady, propriétaire de salles de cinéma à Casablanca, les films marocains marchaient mieux avant. «Aujourd’hui, malgré une offre quantitative importante, le cinéma ne répond pas aux attentes du public. Je n’ai jamais vu des personnes sortir des salles de cinéma comme cette année. Les salles ne sont plus rentables, car nous sommes confrontés à un manque de qualité», a-t-il expliqué. Malgré la multiplication des productions marocaines, le cinéma national fait face à un triste état des lieux, notamment du côté des propriétaires des salles obscures.

Les recettes de ces dernières n’ont pas dépassé les 40 millions de dirhams en 2015. Aujourd’hui, les rendements se limitent à environ 1,2 million de DH par salle. Un chiffre qui ne répond pas aux attentes et aux obligations des professionnels. «Les passionnés ne vivent pas de cinéma», explique Belkady. Afin de maintenir le cap et résister à la déchéance, cet amoureux du septième art s'essaie à l’expérience de présenter dans sa salle de cinéma des spectacles de ballets de Moscou. Néanmoins, il ne nie pas l’importance de redonner au public confiance au film national : «Les spectateurs sont de plus en plus déçus. Ils ont envie de rire, de rêver et d’être emportés, tout cela on ne le voit plus».

Si Hassan Belkady pointe du doigt la qualité des productions nationales, le distributeur Najib Benkirane parle d’un déséquilibre entre l’offre et la demande : «Les films marocains ont acquis une maturité technique, l’un des principaux critères de commercialisation, mais les thèmes développés ne suivent pas». Pour lui, les longs métrages qui marchent actuellement sont ceux de série B, purement comiques. Les films d'auteurs ou qui développent des thèses ne sont pas bien suivis. «J’ai présenté des films primés dans des festivals qui n’ont pas fait plus d’une semaine», a-t-il confirmé.

Même son de cloche auprès d’El Alami Khallouqi, directeur central de la production et des programmes à la Société nationale de radio et de télévision (SNRT) : «Le public est moins cinéphile. Les films les plus applaudis sont les moins performants techniquement». Le cinéma national est ainsi face à vrai dilemme : satisfaire le public ou les créateurs de films. «On a eu ce débat sur la qualité des films qu’on veut au sein de la chambre de producteurs. Pour nous, il s’agit d’élever le niveau existant dans tous les genres pour que les films soient distribués dans les salles obscures, mais aussi pour qu’ils voyagent à l’international, qu'ils participent aux festivals et soient projetés dans les salles de cinéma également», précise le producteur, Khalid Zaïri. Les participants à cet atelier ont également débattu de la coopération entre le cinéma et la télévision. Pour la SNRT ainsi que pour 2M, il faut que le cinéma et l’audiovisuel «soient un même corps». Cette alternative permet de soutenir la production cinématographique nationale sans pour autant faire du bas de gamme. Malgré quelques retards dans la livraison des films et même si on dit que les chaines de télévision multiplient les bénéfices grâce aux rediffusions, les téléfilms restent un bon moyen pour rapprocher le public marocain de son cinéma et permettent la promotion de la production cinématographique et audiovisuelle nationale.