La célébration du trentième anniversaire de la déclaration de Marrakech Patrimoine mondial de l'humanité a revêtu un caractère particulier, dans la mesure où la ville a réussi à s'inscrire, du 18 au 20 décembre, au cœur de son environnement et de son patrimoine et à mobiliser à son chevet trois ministres du gouvernement Benkirane.

Dans une ambiance de fête et un grand moment de retrouvailles et de convivialité, de nombreux invités ont répondu à l’invitation pour commémorer avec faste le trentième anniversaire de la déclaration de Marrakech Patrimoine mondial de l’humanité et partager des moments festifs avec la Cité ocre. Le point d’orgue de cette grande manifestation culturelle, scientifique et artistique a été sans nul doute l’impressionnante cérémonie d’ouverture dans la Medersa Ben Youssef, qui a offert sa splendeur de joyau architectural arabo-andalou, au cours de laquelle les éloges pleuvaient de toutes parts à l’endroit de Marrakech. Le premier à annoncer la couleur n’était autre que le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, qui a estimé que l’inscription de la Cité ocre sur la liste de l’Unesco constitue à la fois une fierté pour l’ensemble des Marocains, une valorisation inestimable du patrimoine culturel authentique de Marrakech et une date à retenir pour se remémorer les moments phares de l’histoire de la ville. Même son de cloche chez son collègue de la Communication, Mustapha El Khalfi, qui a fait observer que la Cité ocre, terre de savoir, de cohabitation et de tolérance, dispose d’un patrimoine d’une valeur universelle exceptionnelle qui nécessite une protection et une conservation efficaces et une mise en valeur active. À son tour, le ministre délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance, Mohamed El Ouafa, de pure souche marrakchie, a souligné que la ville recèle un patrimoine culturel et historique d’une grande valeur qu’il faudrait à tout prix sauvegarder et préserver pour que Marrakech continue à rayonner au-delà des frontières. Le ministre des Habous et des affaires islamiques, Ahmed Toufiq, qui n’a pas pu faire le déplacement, a tenu, toutefois, dans une allocution lue en son nom, à signaler que Marrakech, ville dépositaire d’un riche legs historique, a toujours façonné l’identité marocaine et rimé avec la paix.

L’inscription de la Cité ocre sur la liste de l’Unesco incarne parfaitement son foisonnement en tant que carrefour culturel, une ville qui se rêve et s’imagine, imprègne de ses légendes, hypnotise de ses effluves épicés et traduit assurément l’histoire d’un pays riche à la fois par sa culture, son patrimoine et sa magie. Cette cérémonie a également été l’occasion pour certains observateurs de tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation du patrimoine. Certains de ses défenseurs acharnés estiment même que si l’Unesco entreprend aujourd’hui une évaluation objective des sites classés, l’on ne sera pas surpris de voir un certain nombre parmi eux déclassés. Ce qui est inquiétant pour l’avenir des médinas, c’est l’oubli de leur destin dans la planification urbaine et le privilège accordé à la bulle immobilière au détriment de la valorisation de l’héritage culturel. D’où la nécessité impérieuse de redoubler d’efforts afin que ce patrimoine continue à exister, à être transmis et à être célébré.

On note toutefois certaines évolutions positives qui font naître une lueur d’espoir. En ce sens, ce rendez-vous patrimonial a été l’occasion pour les organisateurs d’asseoir les bases d’un plan de sauvegarde à long terme qui a pour ambition l’intégration de l’ensemble des interventions de revivification et de restauration architecturales de la médina et la protection de ses édifices contre les détériorations dues à l’action humaine ou aux facteurs environnementaux.