La Base nautique de Mohammedia, la seule du Maroc, connaît depuis quelques mois un conflit ouvert entre ses adhérents et sa direction. Le manque de dialogue est évident, aux dépens des enfants qui y pratiquaient la voile depuis plusieurs années.

Que se passe-t-il à la Base nautique de Mohammedia ? « La Base est fermée régulièrement les jours fériés [notamment les 14,20 et 21 août derniers], alors que ces jours sont ceux pendant lesquels nous pouvons profiter de la mer », pestent une majorité d’adhérents, tous des passionnés de la mer.

Kamal Hajhouj, directeur du Complexe sportif Mohammed V de Casablanca et de la Base nautique de Mohammedia, justifie cette décision par le fait que « la Base est gérée par des fonctionnaires », qui ne travaillent pas ces jours-là. « Seule une dérogation obtenue auprès du ministère de la Jeunesse et des sports permettrait une telle ouverture les jours fériés », confie Kamal Hajhouj.

Fin des activités nautiques

Pourtant, durant des années, les amateurs d’activités nautiques et de plaisance ne trouvaient jamais porte close lors des jours fériés. « Depuis avril, et l’arrivée d’un nouveau responsable à la Base nautique, les jours fériés, les dimanches et lundis la Base est fermée. De plus, les nouveaux horaires mis en place [9h-18h] ne sont pas pratiques pour les personnes qui souhaitent sortir en mer, aller pêcher, … », témoigne Michel Marbeau, un adhérent déçu qui confie qu’il va rendre sa carte.

Pour les mécontents, une majorité sur plus de 150 adhérents, le plus grave reste l’arrêt des formations de voile et de kayak dispensées par la Base nautique depuis 2009, à l’initiative de l’ancien responsable, Mohamed Oudada. « Nous avions bataillé pour obtenir un statut juridique auprès du ministère de la Jeunesse et des sports et du ministère des Finances. En quatre ans, 150 personnes ont bénéficié d’une initiation aux sports de voile, dont de nombreux enfants des écoles primaires environnantes », assure Mohammed Oudada. Depuis avril, aucune activité sportive n’est dispensée par la Base.

La Base nautique n’a pas pour mission de donner des cours de voile. Nos prestations se cantonnent à la location de matériel nautique, à la mise à disposition de notre hangar pour le dépôt de bateau et au gardiennage. Seule une association peut se servir de la Base pour pratiquer la voile mais avec un groupe de minimum 21 personnes.Kamal Hajhouj, directeur du Complexe sportif Mohammed V de Casablanca et de la Base nautique de Mohammedia

Pour Adil, un autre adhérent, l’arrêt des cours de voile dispensé est une catastrophe pour les jeunes, qui ne peuvent plus pratiquer la voile. « C’était le seul refuge à Mohammedia pour les mordus de la voile ». Ce père de famille ne comprend pas. « Avant, il y avait une bonne équipe d’adhérents et leurs enfants, encadrés par des moniteurs, qui avaient la volonté de faire progresser le nautisme à Mohammedia [d’où sont sortis plusieurs champions de voile, ndlr]. Aujourd’hui, tout a été arrêté… la Base se meurt ».

« La pratique de la voile par des enfants ne constitue aucune menace »

Ali, moniteur du Yatch Club de Mohammedia, et Tarek, moniteur à l’école de navigation Bautilus, installée sur la Base nautique, expliquent cette « triste situation » par le fait que le nouveau responsable « n’a pas de notion des sports nautiques et donc aucune volonté d’améliorer leur pratique à Mohammedia ».

Un point de vue partagé par Haj Lahlou, un autre adhérent déçu. « Avant, les responsables de la Base faisaient tout pour le bien-être des plaisanciers et le développement du nautisme. Aujourd’hui, le management mis en place est catastrophique ». Chez les adhérents, on se pose la question d’une volonté de saboter l’expérience nautique de la Base. « On défait ce qui a été érigé depuis plusieurs années », affirme Michel Marbeau.

Mehdi Rouizem, directeur de Bautilus, n’est pas plus tendre. « L’accès à l’eau et le hangar aux bateaux sont régulièrement fermés sans préavis. Le hangar est devenu un dépotoir à bateaux non utilisés. Qui plus est, les adhérents ont du mal à savoir vers qui se tourner pour faire part de leurs préoccupations ». Adil rajoute que le manque de communication met la patience des adhérents à rude épreuve.

Un point sur lequel Kamal Hajhouj se veut rassurant. « J’invite les adhérents mécontents à venir me rencontrer au Complexe sportif Mohammed V afin de dialoguer ensemble et envisager l’organisation de cours de voile mais en restant dans les limites de la loi ». Le directeur de la Base nautique précise que « le port de Mohammedia n’est pas un port de plaisance ».

Le représentant de l’Etat met surtout en lumière les problèmes de sécurité qui découlent des sorties nautiques, et les PV qui se sont multipliés ces dernières années entre la Base nautique et le directeur du port de Mohammedia, suite à un code de sécurité des ports rédigé après l’attentat dans le port d’Aden (Sud du Yémen).

L’ancien responsable de la Base, Mohammed Oudada, assure que la sécurité des enfants et autres navigateurs a toujours été assurée par des moniteurs compétents. « On ne peut pratiquer la voile ailleurs qu’à partir de la Base nautique. Cette pratique, par des enfants, ne constitue aucune menace pour le port. De plus, les enfants sont formés, encadrés et pour certains sortis de la rue grâce au nautisme ». L’enjeu social des cours de voile était alors au centre des préoccupations des civils actifs dans le fonctionnement de la Base, ouvrant la voile à tous et notamment aux enfants de classes défavorisées, par exemple auprès des écoles de la région et des orphelinats.