Chaque année en ce mois de Ramadan, mois de piété, de recueillement, de partage et de générosité, la solidarité est au rendez-vous comme d'ailleurs d'autres habitudes qui se trouvent chamboulées en pareille période. Outre l'ambiance spirituelle, festive et chaleureuse, ainsi que l'élan d'entraide, Ramadan est également le mois où léthargie et anarchie font bon ménage, non seulement à Marrakech, mais partout au Maroc. Le phénomène le plus frappant en cette période n'est autre que ce sentiment d'entraide. En effet, ce phénomène, qui réjouit les cœurs, ne cesse de gagner du terrain et un esprit de solidarité, de charité et de compassion s'installe. La charité devient en pareille occasion un rituel sacré et une «obligation» inscrite sur le même pied d'égalité que les autres actes de foi garantissant un jeûne correct. Aussi bien dans les marchés que devant les mosquées et les boulangeries, l'aumône se donne à tour de bras et les gens, dans un élan de générosité sans pareil, se précipitent même pour s'adonner à l'exercice. C'est dire que les Marocains sont devenus davantage sensibles à la misère d'autrui.Mais bien plus que cette charité «à la sauvette», le mois de Ramadan est marqué aussi par cette tradition qui consiste à venir en aide aux plus démunis en leur offrant des repas de Ftour. Devenues désormais une tradition louable, ces actions cristallisent on ne peut mieux les principes de solidarité et d'entraide dont est imbu le peuple marocain. Dans ce contexte, il faut rendre hommage à ces mécènes et âmes charitables pour ces actions de bienfaisance destinées à distribuer des repas chauds aux nécessiteux et aux sans-abri. Comme l'exemple de Haj Mohamed, un sexagénaire qui a pris l'habitude d'offrir, depuis trois ans déjà dans son café-restaurant à Marrakech, l'occasion rare aux démunis de rompre leur jeûne sans débourser un sou. Tous les jours, à partir d'une demi-heure avant le Ftour, les gens se ruent sur les lieux où toutes les commodités et les mets dignes d'une rupture de jeûne en famille sont offerts gracieusement. «La bouche à oreille fonctionne bien. L'affluence est croissante de jour en jour. Les repas sont accessibles à tous et les bénéficiaires sont servis à satiété», explique le sexagénaire. Par ailleurs, si les soirées sont plus animées que d'habitude et si télévision et Ramadan font bon ménage, l'impact de ce mois béni sur le rendement se fait sentir dès les premiers jours, étant entendu que les services publics tournent toujours au ralenti en ce rituel sacré. Moins d'activité et plus de repos semblent être le mot d'ordre pour la plupart des administrations. Le réveil le matin est très difficile après des heures d'insomnie passées entièrement à digérer le repas de la rupture du jeûne et quelques petites heures après, celui du dîner. Et cela se sent dans les rues presque désertes vers 11 h, un jour de semaine.Le soleil tel une chape de plomb, et la chaleur suffocante d'un mois de juillet renforcent la léthargie des premiers jeûneurs qui s'engagent sans entrain dans les artères de la ville pour rejoindre son lieu de travail ou pour faire ses emplettes du jour avant que le mercure ne grimpe encore. En outre, tout est prétexte à la bagarre. Polémique, accrochages, disputes et joutes verbales font partie du décor dans nos administrations et plus particulièrement dans nos marchés. Un spectacle désolant et triste auquel l'on assiste malheureusement tous les jours de Ramadan.

Quand les prix s'affolentUn tour dans quelques marchés fréquentés de la ville a permis de se rendre compte du calvaire qu'endurent les ménagères.

Ces dernières se plaignent à la fois des mots orduriers lancés à longueur de journée par quelques commerçants «mramdnine» et de la flambée des prix des produits de grande consommation en ce mois sacré, dans la mesure où elles doivent désormais suer sang et eau pour joindre les deux bouts.

En effet, les prix, dont la maîtrise a été pourtant promise par nombre de responsables gouvernementaux, ne sont toujours pas à la stagnation. Ils ne cessent de grimper.

«Ces commerçants véreux sont de véritables sangsues. Ils font leur loi et imposent leur dictat. Le poisson, le poulet et certains fruits caracolent en tête du hit-parade des prix, certains frisant même le ridicule», nous a confié une ménagère visiblement courroucée par ces pratiques.

Même son de cloche chez une autre ménagère : «Le poulet, refuge des petites bourses, s'est envolé pour se faire désirer à 18 DH/kg.

Pour certains fruits et légumes, c'est encore pire.

C'est prohibitif, ce sont des prix insolents».

Et d'ajouter : «les services de contrôle n'interviennent que rarement pour réguler.

Cela donne lieu donc à un marché sauvage qui arrange certains et qui fait leur fortune en l'espace d'un mois».

En dehors de tout cela, de cet élan de solidarité et de ces problèmes liés à la fois à l'apathie, à l'anarchie et aux prix exorbitants des produits de première consommation, l'ambiance de Ramadan reste spéciale.

Elle bouleverse tout, change tout et rythme le quotidien de tous.