- Des étudiants sont souvent agressés par des dealers et des voleurs. - Les enseignants craignent des représailles.

Alcool, drogue, bagarres… les établissements scolaires publics, notamment les lycées de la capitale économique sont désormais des fiefs de la délinquance. «J’ai décidé d’inscrire ma fille, l’année prochaine, dans un établissement privé. Son collège actuel n’est plus sécurisé. Elle a peur des délinquants et des voleurs qui se regroupent devant la porte de sortie pour agresser les étudiantes», nous confie Fatima, maman d’une jeune fille scolarisée à Hay Mohammadi. En effet, l’insécurité est devenue monnaie courante dans les écoles du Grand Casablanca.



Vendredi dernier, un jeune a été tué à Aïn Chock. Des responsables du lycée, scène du drame, affirment que l’agression s’est déroulée à l’extérieur de l’établissement. Toutefois, il porte atteinte à la sécurité des étudiants, notamment les filles. «Chaque vendredi après-midi, nous avons un problème lié à la délinquance. Vendredi dernier, des accrochages entre des jeunes de Hay Chabab et d’autres de Aïn Chock ont mal tourné et on y a utilisé des armes blanches», explique un membre de l’association des parents d’élèves au lycée Ibn Zaidoune. D’après lui, l’origine des maux de ce lycée est un terrain de sport créé par la région du Grand Casablanca. Au lieu d’éloigner les jeunes des drogues, cet espace est devenu un lieu de tous les abus. «Ledit espace accueille les alcooliques et les chômeurs.

On y consomme du narguilé et toutes sortes de drogues. Certes, des rondes de police y sont effectuées de temps à autre, mais les policiers ne peuvent pas y être présents de façon permanente», affirme le responsable de l’association des parents d’élèves au lycée Ibn Zaidoune. Cette dernière a déjà réclamé l’installation d’un poste de police à côté dudit terrain, mais en vain. Notre source indique également que les étudiantes mineures qui ne veulent pas assister aux cours trouvent également refuge dans le soi-disant terrain de sport. Ceci attire davantage de problèmes pour l’école et de soucis pour les parents.

Cette situation n’est pas limitée au lycée Ibn Zaidoune, la plupart des établissements scolaires casablancais souffrent du même problème. Dans certains collèges et lycées, les enseignants n’osent plus parler aux étudiants par peur de représailles. «Quand on commence à vendre de l’alcool et de la drogue au sein d’une institution noble comme l’école, on peut dire que le secteur de l’enseignement est en chute libre», déplore un professeur de français.

Un environnement désastreux



Selon un membre d’une association de parents d’élèves à Aïn Chock, la direction et le cadre pédagogique ne peuvent rien faire tant que les écoles sont entourées de salles de jeux et de cafés : «Dans ce genre d’endroits, on vulgarise en premier lieu l’addiction à la cigarette, puis aux joints et aux autres drogues». Il assure que certains dealers portent des blouses et des sacs à dos pour se faire passer pour des étudiants et vendre aux lycéens et aux collégiens des verres de «mahia» (eau-de-vie). Comment peut-on alors assurer l’éducation des jeunes casablancais dans un climat pareil ?

L’association des parents d’élèves au lycée Ibn Zaidoune a créé une bibliothèque pour encourager les étudiants, surtout les filles, à rester au sein du lycée pendant les heures creuses. Cette expérience commence à porter ses fruits. Toutefois, elle est loin de mettre fin à la délinquance à l’intérieur et autour des établissements scolaires. «Les familles casablancaises, notamment les plus nécessiteuses, ont besoin d’aide. L’école ne peut pas tout faire et les parents sont dépassés par le problème de dépendance à la drogue.

L’État devrait peut-être imposer de nouveau le service militaire obligatoire. Ainsi, les jeunes seront plus disciplinés et se consacreront davantage sur leurs études», conclut un membre d’une association des parents d’élèves à Aïn Chock.

La privatisation de la sécurité a échoué



L’Académie régionale d’enseignement et de formation (AREF) du Grand Casablanca a confié la sécurité des établissements scolaires à des entreprises privées dans le cadre du plan d’urgence. Dans chaque établissement, deux agents veillent en alternance sur la sécurité des écoles. Cependant, cette expérience n’a pas abouti aux résultats escomptés. Pis, elle a des échos négatifs auprès des parents. «Certaines entreprises ont confié la sécurité des écoles à de jeunes chômeurs qui ne sont pas spécialisés ou formés dans ce domaine. C’est un échec pour l’académie, car le manque de compétence des agents de sécurité a encouragé la prolifération de la délinquance», indique un membre de l’association des parents d’élèves au lycée Ibn Zaidoune, sous couvert de l’anonymat. Ce dernier affirme que les nouveaux agents se chargent parfois de garder les affaires des étudiants qui s’absentent aux cours. Ils font également les tâches de coursiers, mais n’assurent en aucun cas la sécurité des étudiants. Les parents d’élèves proposent ainsi d’avoir des vigiles dignes de ce nom, comme ceux employés dans les établissements bancaires et les entreprises. Ils appellent aussi l’Académie à exiger le recrutement de personnes qui ne consomment pas de drogues, de cigarettes ou de boissons alcoolisées.